‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 117 sur 131 · DON CARLOS AU SECRET · texte numérisé non relu

DON CARLOS AU SECRET

d’oublier 1 * 3 . On avait vu le roi défendre aux prédicateurs toute allusion à l'emprisonnement du prince î , refuser même, comme nous l’avons remarque plus haut, les témoignages de la sympathie de ses sujets; scs familiers et lui se taisaient sur cet événement *; à l'exception de quelques détails échappés à des indiscrétions isolées, on ignorait les actes de don Carlos dans sa chambre solitaire; il y avait de quoi lasser les curiosités les plus vives, et la plupart des courtisans se soumirent, sans laisser voir de regrets, à l’attitude qui leur était imposée.

De temps à autre, toutefois, des commentaires confus, des détails bizarres circulaient à petit bruit. Trop de gens entouraient le prince, trop d’esprits actifs étaient disposés à recueillir les moindres paroles et les moindres indices, pour que la captivité de don Carlos, dans le palais même, ait pu demeurer absolument secrète. On sent toutefois avec quelles précautions il convient d’exposer ces divers détails pour ne point risquer de confondre des bavardages avec des faits réels. L’histoire circonstanciée

1 « l’are clic nclla cortc non si parti più dcl principe, t Dépêches manuscr. du nonce, 14 février 1568. — « Ainsy s’en va cslrc en oubli qu’il ne s’en parle quasi plus, comme s’il n’csloit jamais nay.*» Dépêches manuscr. de l'orquevaulx, 20 mars. — Relazioue di un domestico di Ru y Gomez. Arch Sim. Est.| leg. 2018, fol. 195, déjà cité.

4 « Ayant laid défendre à tous prcscheurs de nommer aucunement ledicl prince ny en faire mention en leurs prédications. » Dépêches manut'cr. de Forquevaulx, 20 mars. — « lia latto inlendere a tulle le citlà dcl regno chc non mandino uomini o ambasciadore aietmo, » Dépêches manuscr. du nbnee, 14 février.

3 a Pareudo liabbia caro che nëssuno glienc parla. > Dépêches manuscr. du nonce, ibid.

de celle captivité ne pourrait être faite qu’à l’aide de mémoires écrits par les gentilshommes chargés de garder don Carlos, et il faut bien avouer que si de telles pièces existent, nous ne les avons rencontrées nulle part. Il est vraisemblable qu’aucun d’eux n’a légué ses souvenirs à la postérité. Nous en sommes donc réduits, pour la majeure part de ccs détails, aux récits de diplomates ou d’historiens qui n’ont pas été témoins des faits et ont appris le peu qu'ils nous transmettent uniquement par les on i lit , les rapports recueillis à la sourdine et les conversations à demi-voix. Un certain nombre de circonstances, toutefois, me paraissent devoir être admises comme tout à fait incontestables, soit parce qu’elles sont conformes aux actes familiers à l’infant, soit parce que l’unanimité des témoignages semblables leur donne plus d’importance, soit — et malheureusement très-peu d’entre elles se trouvent dans celte dernière catégorie — parce que des pièces authentiques en démontrent l’exactitude. Nous n’accepterons rien ici que d’après les règles d’une critique sévère, et nous nous montrerons pour ces derniers détails extrêmement sobre d’affirmations positives : il convient, ce semble, de dire avec l’ambassadeur de France : « Tant de diverses choses s’en racontent que je n’en puis croire le dixiesme 1 . »

Forquevaulx ne pouvait satisfaire la curiosité de Charles IX comme ce dernier l’eût désiré : « Il est fort difficile, écrit-il à Paris, de sçavoir ce que faict le prince d’Espaigne, car si hardi et sur la vie (sic) homme qui entre dans

* Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 22 janvier 1568.

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