‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 119 sur 131 · LES DEUX PREMIERS MOIS DE LA CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

LES DEUX PREMIERS MOIS DE LA CAPTIVITÉ

selon les expressions de Forquevaulx, « fait ses pâques à Noël ni gaigné le jubiilé, à cause de ladicte rancueur, pour ce qu’il n'a voulu pardonner, ni son confesseur luy donner 1 absolution » En prison, durant les deux premiers mois, il était — la lettre de Suarez le démontre — demeuré dans les mêmes sentiments : sa haine contre son père était toujours aussi vive : il est même vraisemblable qu’elle avait augmenté, cl l’on peut admettre sans crainte les renseignements que donne l’ambassadeur; il le représente comme « très-malade de contentement et desconfié de liberté, sans qu’il se puisse tenir de faire toujours et de dire des follics et de mal parler du roy son père *... 11 mange bien peu et à regret et dort moins que rien, ce qui n’est pas pour lui amender son entendement; il devient maigre et sec à veüe d’œil et les yeux enfoncés dans la teste 5 . »

Tel a donc clé l’état mental du prince pendant les deux premiers mois : violente irritation contre son père, persistance à s’éloigner du sacrement de la pénitence ; sans partager l’opinion de ceux qui le représentent comme coupable de tentatives de suicide, il est permis de penser qu’on redoutait cette résolution funeste au salut de son âme, et que la lettre de Suarez faisait allusion, dans les derniers mots, tout ensemble, à cos inquiétudes et aux sentiments du prince envers son père. Le saint-office, en effet, aurait eu lieu de s'en-

1 Dépêches manusrr. de Forquevaulx, 22 janvier 1508.

4 Ibid., 20 mars.

5 Ibid., 18 lévrier.

quérir si un fils haïssant ouvertement son père, se laissant emporter à d’impardonnables violences de paroles, laissant voir peut-être des velléités de suicide, refusant la confession et ne pouvant d’ailleurs être absous faute d’un regret sincère et de résolutions meilleures, était réellement chrétien. Tel est le dernier mot de Suarez, et il est significatif. L’alcade de cour pousse les choses à l’extrême, il est vrai, pour alarmer la conscience du prince, qu’il savait très-scrupuleuse; le fond de son discours est exact toutefois.dans les faits, sinon dans les conséquences qu’il laisse entrevoir pour amener don Carlos à la confession, et ce texte nous suffit pour déterminer le caractère de ces premiers mois de captivité.

La lettre de Suarez, je l’ai dit, se trouva être inutile, car déjà don Carlos était entré dans des sentiments meilleurs. Sa santé d’abord s’était un peu fortifiée, et par suite, comme toujours, son esprit s’était calmé. Forquevaulx, le 8 mai 1568, signale ce changement : « Le prince d’Espaigne, dit-il, se porte bien de sa personne : je suis adverti qu’il s’est tout sanctifié cesle semaine sainte (en avril), tellement que ses amis disent que Dieu y a mis la main, car depuis s’estre confessé en caresme jusques au jour de Pâques, et qu’il pensoit recevoir le corps de N. S., il a faict le devoir de bon chreslicn par abstinences, s'estant réconcilié quatre fois avec grande contrition et repentance. » Ce dernier fait est-il exact? don Carlos s’est-il réellement décidé à s’approcher du sacrement de pénitence? a-t-il reçu l’eucharistie? n’est-ce pas là une invention des courtisans? A-t-on réellement retardé sa communion « pour aucuns notables respects? »

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