‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 129 sur 131 · MORT D'ÉLISADETH DE VALOIS · texte numérisé non relu

MORT D'ÉLISADETH DE VALOIS

elle-même, et ce fut la peur qui lui donna de l’audace » Il n’y a pas à discuter une pièce de vers dont le style est tout le mérite : bornons-nous à faire observer qu’on trouve dans celle-ci, remplie du reste des expressions les plus flatteuses pour la vanité de Philippe II, l'origine de ce travestissement du type historique de don Carlos, et par suite des inventions chères à tant de beaux esprits et à un grand poète des siècles suivants.

La maison de Philippe II devait être frappée encore, avant la fin de celle même année 1508, commencée sous de si sombres auspices, par une autre calamité. La reine, Élisabeth de Valois, mourut en couche le 5 octobre. L’ambassadeur de France nous a conservé, dans une lettre empreinte d’une émotion profonde, le souvenir de scs

1 Uustre y alto mozo, ,

A quién cl cielo diô tan corla vida,

Que apénas lue sentida;

Fuisle breve gozo,

Y ahora luengo llanlo de lu Espaiïa,

De Flandes y Alemaûa,

llalia, y de aquel mundo nuevo y rieo,

Con quien qualquier imperio es corlo y cliieo.

No ténias que la imic-rtc

Va y a de lus despojos victoriosa,

Antes ira medrosa De tu espirilu tuerie :

Las înclitas hazaùns que liicicras,

Los triunfos que tuvioras,

Y vio que a no perderte se perdta,

Y asî el mismo temor le did osadîa.

(Obras politicas de Fr. Luis de Iicon. Valent. e, 1785, in-13.)

derniers instants : « Le roy son mary, dit-il, l’avoit visitée ce matin devant jour, auquel ladicte dame, parlant en très-sage et très-chrctienne princesse, et prenant congé de luy pour jamais en ceste vie, en langage que reyne ne parle avec de meilleur sens ni plus sainement, luy rccorda mesdames ses filles 1 , l'amitié de Vos Majestés *, la paix de vos royaumes et ses dames, avec aultres paroles dignes d’admiration et pour faire fondre le cœur d'un bon mary comme estoit ledict seigneur roy, lequel respondiet de mesme constance, ne pouvant croire qu elle fusl si près de sa lin, et luy accorda et promit toutes ses requestes et demandes. Puis s’est retiré dans sa chambre fort angoisseux et triste. » Forquevaulx, ayant appris ces lugubres nouvelles, courut au palais. Philippe venait de quitter la reine : celle-ci accueillit avec de douces et mélancoliques paroles le fidèle servilcur de sa famille, le vieux soldat de son père et de son aïeul : « La reync me reconnut et me dict : Monsieur de Forquevaulx, vous me voyez en chemin* de desloger bientost de ce misérable monde pour aller cà un aullre royaume plus agréable, où j’espère d’estre auprès de mon l)icu en gloire qui n’aura jamais fin... Je vous prie dire à la reyne ma mère et au roy mon frère que je les supplie prendre patiemment ma fin. Je prierai pour eux et pour mes frères et pour qu’il les garde et maintienne très-longuement en sa trèssaincte protection. » Forquevaulx, vivement touché, cs-

1 Élisabeth avail deux filles, l'iulantc lsabille-Claire-Eugénie. née en août 1566, et l’infante Catherine, née en 1568.

* Forquevaulx écrit au roi.

RÉCIT DE KORQl'E VAULX. 51*»

saya de rassurer la mourante, lui dit qu elle s’exagérait le danger, qu'elle vivrait sans doute et, voulut commencer ces discours consolateurs dont la piété est prodigue au chevet de ceux dont elle veille les angoisses suprêmes. Mais Élisabeth acceptait d’un cœur ferme la mort qu elle sentait venir. Elle interrompit ce vieillard qui assistait en contenant des larmes à sa (in prématurée : « Non, non, monsieur l’ambassadeur, lui dit-elle d’une voix affaiblie; j’ayme trop mieux aller voir ce que j’espère et croy de voir bientost. » Et moins d’une heure après elle mourut si doucement « que I on n’a sceu, ajoute Forqttevaulx, du moment qu’elle a rendu son esprit, excepté qu’elle a ouvert ses deux yeux clairs et luisants et me sembloient qu’ils me commandoient encore quelque chose, car ils estoient tournés droict à mov. Nous nous sommes retirés bientost, laissant tout le palais en pleurs *. »

Ainsi mourut à vingt-quatre ans cette princesse modeste et charmante qui avait donné sur le trône l’exemple de toutes les grâces ét de toutes les vertus. Sa douce image ne devait jamais quitter la mémoire de ceux qui l’avaient connue, et longtemps après, l’ambassadeur de France en parlait encore à sa souveraine avec une émotion sincère. Quand il vit arriver à la cour la princesse Anne de Bohême, si longtemps fiancée à don Carlos et que Philippe 11 épousa deux années plus lard, le vieux

* Dépêehes manuscr. de Korqucvaulx, 5 octobre 1508. — t'emprunte ce dernier paragraphe à mon livre intitulé : Grands seigneurs et grandes daines du temps pass p. 59 et CO.

serviteur dos Valois ne put comparer sans amertume la fille de Maximilien à cette belle et aimable fdle de France qui souriait d'un si radieux sourire et dont la majesté imposante était si heureusement tempérée par l'affabilité de son accueil. Les poètes du temps pleurèrent cette mort prématurée par de plaintives élégies : « O Farque inexorable! » s’écrie l’un d’eux avec l’accent d’une douleur vraie, puisque ses vers ne furent jamais publiés, « tu frappeslc faible etlefort, Tignorantet le sage, et le roi superbe et le pauvre obscur, et ta main les égale en cette heure suprême. ... Charmante Isabelle, reine d’Espagne,' la plus parfaite créature qui se soit jamais rencontrée dans ces régions qu’éclaire le soleil et qu’arrose la mer, avant que la mort vînt le frapper, ta tendre jeunesse semblait t’assurer les longues années d’une vie heureuse, et nous avions tous admiré ta beauté pareille à celle du lis et de la rose 1 ! » Ces vers expriment bien les

* O rigurosa Parea inexorabile

Que ni flneo, al fticrlc, al sabio, al ignorante,

AI alto rav y ni pobre misérable Los iguala tu niaiio en cl in.-tanlc !

Clarîsinvi Isa bel, rcyna de Espaça ,

Tan perfecln 6 la mas que se hallara En quanto el sol rodea y cl mar vnfia.

Tu tierna juvenlud nsegurara Largos aùos de vida veulurosa Antes que cl lamentable lin llcgara.

Al que viera en tu faz para liermosa Quai vimos lodos miéntras guiso cl ciclo El Idanco lirio y la purpurea rose

iPoetiasde Pedro Loincz. Ms. 11. I., 81C0.)

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