‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 130 sur 131 · VOYAGE DE L’ARCIUDUC CHARLES A MADRID · texte numérisé non relu

VOYAGE DE L’ARCIUDUC CHARLES A MADRID

sentiments du peuple et de la cour qui l'ont plcurce. Ainsi deux fois dans la même année, de royales infortunes avaient rappelé à 1 Espagne, avec tonies ses menaces et ses tristesses, cette antithèse de la jeunesse, de la grandeur et de la mort.

Philippe II fut bientôt distrait de sa peine par les affaires de l’État, de jour en jour plus difficiles. L’arrivée à la cour de l'archiduc Charles, envoyé par Maximilien pou*' porter les compliments de condoléance de l’Empereur au père et à l'époux si cruellement éprouvés, vint cependant lui rappeler ce double deuil dans le dernier mois de celte année sombre 1 Il . Il le reçut avec de grands témoignages d affection et d'estime, mais ce fut en vain que l’archiduc lui conseilla, de la part de l’Empereur son frère, une poli-

1 « L'archiduc arriva à Madrid le 10 septembre dans l'après-midi, et fut reçu par le roi avec tous les honneurs dus à sa personne et à son rang.

Il fut logé au palais. Le jour suivant il rendit visite an roi. loi remit les lettres de l'Empereur cl de l’Impératrice, et lui exprima en leur nom et au sien la part qu'ils avaient prise à la perte du prince son fils et de la reine son épouse. Le roi le remercia avec de grande» marques d’estime pour sa personne et de satisfaction pour sa venue. » Précis de la correspondance de Philippe II, par Gachard, I, G22. — L’Empereur avait annoncé nu roi la visite de l’archiduc par une lettre du 27 juillet 1568. La mort de l’inlant et de la reine n’était pas d’abord l’objet de ce voyage, puisque la mort de don Carlos (21 juillet) était alors inconnue à Vienne, et que la mort de la reine n'arriva que le 3 octobre. Il s’agissait seulement de la prison de l’infant et des affaires des Pays-Bas : « Prometo a V. A. que me pusiere luego en cl camino para verle y hablar largo en todo eslo, si me dieren lugar las ocupaciones que tengo : por e'to lie determiuado enviar en mi nombre mi hermano Carlos, que es mi carne y sangre... y pues cl partira eu muy poees dias. » Lettre de l'Empereur à Philippe IL Vienne, 27 juillet 1568. Arcli. Sim Est., leg. 658.

tique plus douce dans les Flandres. La vue de cette double mort imprévue n’avait pas amolli cette âme: grave, triste, préoccupé parles difficultés présentes, qui surpassaient ses efforts, épuisaient ses ressources et trompaient ses prévisions, il ne songeait qu’à dominer l’insurrection des Pays-Bas par la terreur. Les soucis du gouvernement habitèrent seuls avec lui son palais silencieux, et ce fut sur les provinces désolées et torturées par le duc d’Albe que se reporta, avec une résolution inébranlable, sa pensée passagèrement émue par le spectacle des deux tombes si prématurément ouvertes pour la petite-fille de François 1 er et le petit-fils de Charles-Quint.

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