‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 18 sur 131 · ÉLISABETH D'ANGLETERRE ET PHILIPPE II · texte numérisé non relu

ÉLISABETH D'ANGLETERRE ET PHILIPPE II

nût obstinément froissé les idées et dédaigné les conseils, soit une intervention volontairement acceptée ou péniblement subie. Mais telle était alors la grandeur de la maison d’Autriche, que la lière Elisabeth n’osait pas refuser ouvertement le fils de Charles-Quinl. Repousser brusquement les prétentions du roi d'Espagne, c’était s’exposer à un ressentiment dangereux. Elle n'était pas alors si solidement affermie, si parfaitement assurée du succès de l’œuvre religieuse qu’avec l’aide du parlement elle voulait entreprendre, quelle ne tint à ménager un si puissant adversaire. Elle prit le parti de traîner en longueur, et cependant le parlement adoptait les mesures qui préparaient le rétablissement définitif de la religion réformée. Elisabeth, se sentant plus forte, et comprenant de plus en plus qu’elle pouvait compter sur l’appui de son peuple, montra bientôt au roi d’Espagne une froideur significative, ét lui laissa pressentir une réponse quelle jugea inutile d’exprimer en termes précis. 11 était clair dès lors que Philippe renoncerait à sa main et se hâterait môme de prendre les devants : c’est ce qu’il fit avec une insouciance calculée, dont l’amour-propre d’Elisabeth n’avait pas à souffrir. Toute l’Europe savait que le roi d’Espagne lui avait offert sa main, et elle craignait peu que l’opinion publique prît le change. C’est pourquoi, par un raffinement d’habileté, elle simula devant le duc de Féria, ambassadeur d’Espagne, à la nouvelle prévue de la résolution de Philippe II, une colère dont elle savait bien que personne ne serait dupe. De la sorte, le roi d’Espagne se trouvait refusé sans pouvoir se plaindre, et bien plus, Élisabeth, gardant l’avantage jusqu’au dernier

acte de celle comédie, forçait le duc de Féria d’excuser son maître d’une décision qu’elle-même avait provoquée

Philippe, n’espérant plus rien du côté de l’Angleterre, résolut d’épouser cette même princesse Eiisabelh de France, destinée d’abord à don Carlos. Le mariage fut décidé au commencement de 1559, et le duc d’Albe fut envoyé à Paris avec mission d’épouser par procuration, au nom du roi d’Espagne, la fdle de Henri II. La cérémonie eut lieu, le 24 juin, à Notre-Dame, et la jeune reine demeura en France plusieurs mois encore, sans avoir même vu son époux. Celui-ci était alors dans les Pays-Bas, et ne devait recevoir sa femme qu’en Espagne. Du moins eut-il soin de tout disposer pour qu'elle y arrivât peu de temps après lui. Le 5 août, il écrivait de Garni au cardinal archevêque de Burgos, don Fr. de Mendoça, et l’avertissait de se tenir prêt à partir pour aller prochainement à la frontière au-devant d’Elisabeth : «J’ai résolu, dit-il, que la reine vienne bientôt dans mes royaumes; et, désirant qu’elle y entre accompagnée comme il est convenable, c’est vous que j’ai choisi pour aller à sa rencontre 5 . » Le due de l’Infantado fut également désigné pour celte mission 1 * 3 ,

1 Yoy. pour tous les détails de cette négociation les lettres du duc de Féria et de Philippe II, dans les Memorias de la real academia. Vit, p. 200 et suiv. *

-a ..Ile determiuado que vayn a estos reynos con hrevedad, y para que entre en cllos con el acompafianiiento que es razon, os lie querido elegir para este efecto. » Lettre de Philippe II à l'archevêque de Burgos. (■and, 3 août 1559. Mss. de lEscurial. Doc. inéd.

s « El seîior duque del Infantado creo que tendra V. S. por cornpanero. » Lettre de Ruy Gômez à l’nrchevêque de Burgos. 15 août 1559, Vnlladolid. Même Ms.

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