‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 19 sur 131 · ARRIVÉE DE LA REINE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE LA REINE EN ESPAGNE

et parmi les clames de la cour, ce fut la comtesse de Uruena qui fut appelée à l’insigne honneur de présenter la première, à l'entrée du territoire espagnol, son hommage à la jeune souveraine *.

Élisabeth arriva à Bayonne vers la fin de novembre 1559. I.e roi François II et Catherine de Médieis l’avaient conduite jusqu’à Poitiers : à partir de cette ville, elle fut escortée par le roi de Navarre, le cardinal de Bourbon, le prince de 1 \ Roche-sur-Yon et Marguerite de la Marck, comtesse d’Àremberg* : elle fut reçue à Bayonne par les envoyés de Philippe II, qui l’amenèrent à Guadalajara, où s’était rendu le roi d’Espagne. Le 51 janvierl5G0, les noces eurent lieu dans le palais du duc de l’Infantado 3 . Don Carlos fut l'un des témoins de son père à cette cérémonie, bien qu'il fût tourmenté par un accès de fièvre 4 , et l’archevêque de Burgos célébra le mariage 5 . S’il faut

* i... En Pamplona donde lambien se juntard el duque del Infantado y la condesa de Uruena. » Lettre de Philippe II à l'archevêque de Burgos. 19 octobre, Aranjuez. Même Ms.

a Mémoires de Marguerite de Valois, p. 152. «... La comlessc d’Aremberg qui est celle qui avoit eu i'honneur de conduire nia sœur aisnée nu roy d’Espaigue son mary. »

3 a En Guadnlnjara, eu 31 dias de cl mes de enero de 1560, en las casas de el duque de el Infanlado. » Salazar de Mendoça. Dignidades seglares, IV, 163. — « Al principio del aùo de 1560, célébré en Guadalnjart sus bodas cou madama Isabel de Valoîs. » Col mena res , Ilist. de Segovia déjà citée. — La reine était en Espagne depuis deux mois, mais le mariage avait été retardé à cause de la mort de François II, arrivée le 5 décembre 1559.

4 «... Siendo el principe don Carlos uno de los padrinos en la lioda, nonobstant estar afligido por unas calenluras interpoladas. » Villalobos, Probleniâticos, etc-, Zamora, 1645.

5 «... Y el minisli '0 don Francisco de Mendoça, cardenal obispo de Iturgos. » Salazar de Mendoça, loco eit.

if, ' DON CARLOS ET PHILIPPE If.

en croire les chroniqueurs, Elisabeth, à sa première entrevue avec Philippe Tï, le considéra longuement avec attention, et le roi, choqué de l’insistance de ce regard, lui dit d une voix sévère : « Que regardez-vous? si j’ai des cheveux blancs 1 ? » Quoi qu’il en soit de cette anecdote, du moins n’est-elle pas invraisemblable. Elisabeth n’avait que quinze ans : le roi en avait trente-trois; la distance d’àge était assez grande pour que Philippe ait craint une réflexion défavorable, et mal interprété ce qui était seulement peut-être la naïve curiosité d’une jeune femme. Quant aux écrivains qui s'amusent à nous représenter l’émotion mutuelle de don Carlos et de la reine /

en cette journée solennelle et la passion subite qu’ils ressentirent l’un pour l’autre, ils ont oublié sans doute d’a- • bord de fournir les preuves d’un tel récit, ensuite l’âge du prince^ qui n’avait guère plus de quatorze ans, et qui, malade, disgracié de la nature, encore enfant au physique et au moral, ne pouvait évidemment ni ressentir de l’amour ni en inspirer. Ces légèretés, qu’il faut laisser aux romanciers et aux poètes, sont au-dessous de la discussion *.

1 Brantôme, Mémoires déjà eilés. — « Que mirais? si tengocanas? » Mss. Bibl. Imp., 2652. Papeles varios.

* « La regina istessa parve non so corne sorprcsa da un sentimcnlo di malinconica passione alla presenza d’un giovine principe, mollo ben falto. » I.eti, llisl. di Filippo II, I, 545. — Plusieurs historiens ont été rappés de l'invraisemblance de ces détails, et ont soutenu que la reine ne pouvait avoir pris d’amour pour un prince fiévreux. Ce n’est pas assurément ainsi quelle doit être détendue, et un écrivain espagnol récent , M. A. de Castro, dit, non sans raison, qu'il faudrait d’abord établir qu’il soit impossible d’avoir de l’amour pour un homme fiévreux. Je n’ai pas à discuter ici cette question physiologique : je me horne à déclarer

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