‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 20 sur 131 · ÉLISABETH DE VALOIS · texte numérisé non relu

ÉLISABETH DE VALOIS

Notre récit serait plus intéressant peut-être s'il nous était permis de le parer de ces détails attrayants, niais cette passion réciproque de la jeune reine et du prince n’est évidemment qu'une fable. Pas un document sérieux et contemporain ne la suppose même; le caractère de la princesse, l’àge du prince, son extérieur, ses dispositions intellectuelles et morales la démentiraient s’il était nécessaire. Élisabeth de Valois ne fut mêlée que secondairement aux aventures de don Carlos : on ne la rencontre que de loin en loin dans les documents relatifs à celte histoire. Douce, délicate, timide, asservie à une étiquette qui réprimait toute initiative, elle a passé rapidement dans ce sombre palais de Madrid, sans laisser aucune autre trace que le souvenir vite elfacé de ses grâces et de ses vertus. Elle a sa poésie, sans qu’il soit nécessaire de lui

1° que dans aucun écrivain du temps, dans aucun imprimé, dans aucun manuscrit, je ne rencontre celle accusation, inventée beaucoup plus tard pour l’agrément des lecteurs par des écrivains romanesques; 2° qu'une accusation de cette importance ne peut être admise sans preuves; 3° que le caractère bien connu d’Élisabeth proteste contre le sentiment incestueux qu’il a plu à des romanciers d'imaginer; 4° que la figure même de don Carlos, qui n’était rien moins que séduisante, ne prêle guère à cette fiction; 5° que Leli, prétendant que le prince était très-bien fait, mollo ben fhtlo, nous révèle par ses paroles sa complète ignorance de la question et de ses détails; 6° que si l’on peut avoir vu des exemples d’amour inspiré par un homme fiévreux, je ne crois pas qu’on ait vu d’amour inspiré par un enfant de quatorze ans, malingre, chétif, très-laid et contrefait; 7° que je n’aurais pas même rapporté ces suppositions puériles, indignes de cette étude, si un drame célèbre de Schiller ne les avait popularisées. Ajoutons que l’infant était d'une constitution si faible, qu’à trois ans de là, en 1563, il ne paraissait pas être encore un homme formé. Une dépêche du secrétaire de Philippe II (Arcli. de Sim., leg. 051) une autre de l’ambassadeur de France juillet 15GG), ne laissent sur ce point aucun doute. Je les citerai toutes deux en leur lieu.

rien prêter du prestige qui s’attache aux passions ardentes et persécutées : elle a le charme des femmes qui sont mortes jeunes après une vie morose, des mères que leurs enfants n’ont pas connues, des reines qui ont accueilli les grandeurs humaines et la mort avec le même sourire mélancolique et résigné. Elle fut, durant sa courte vie, l'ohjet de cette affection respectueuse et profonde dont l’àine des peuples est avare et que la flatterie n’imite pas : elle obtint le même sentiment d’une cour fascinée par son affable douceur plus encore que par sa beauté. Il n’y a qu’une voix dans les historiens du temps pour rendre hommage à celte majesté modeste qui inspirait tout ensemble la sympathie et le respect. Assujettie à une obéissance souvent pénible, elle accomplit ses devoirs sans un murmure; accoutumée aux brillantes fêtes de la cour des Valois, au riant aspect de celte vie « plaisante *> si chère aux souvenirs de Marie Stuart, elle sut, sans montrer de regret, et cela dès l’extrême jeunesse, se faire à la grave discipline du palais de Philippe II. Elle ne désira point connaître les secrets de l'Etat, comme l’espérait Catherine de Médicis *, ni s'immiscer dans les questions politiques, et connut seulement l’art aimable de représenter entre les deux cours la paix et l’union. Elle suivit fidè-

* Voy. dans les dépêches manuscrites de Forquevaulx, ambassadeur de France ;Mss. Bibl. lmp., 225), les lettres inédites de Catherine de Médicis. Ces lettres et les dépêches de l’ambassadeur du 3 novembre 1565 et de décembre 1505 font pleinement connaître le désir de la reine mère. Elle espérait être bien instruite par sa fille des projets de la cour d’Espagne. La jeune reine montra tout ensemble beaucoup de loyauté et d’esprit. Elle répondit à ces insinuations en termes respectueux, mais évasifs, qui, sans blesser sa mère, n’engageaient la reine d’Espagne à aucune démarche dangereuse pour le roi son maii.

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