GUÉRISON DE L'INFANT
à Aranjuez. Le salut du prince était désormais assuré : la reine Elisabeth s’empressa de remercier la ville de Tolède, qui s'était particulièrement distinguée par ses pieuses démonstrations au moment du plus grand péril, et qui lui avait envoyé une députation pour la féliciter : « J’ai appris, écrit-elle le 5 juin à la junte et au corrégidor de cette « très-noble » cité, les processions elles prières qui ont eu lieu dans votre ville pour le salut du sérénissime prince, et la joie que vous avez manifestée lorsqu'il a plu «à Notre- Seigneur de nous l'accorder. Vous vous êtes montrés en cela de dignes et loyaux vassaux du roi; vous savez la satisfaction que Sa Majesté et moi nous avons reçue de cet heureux succès, et nous vous remercions de la visite que m'ont faite de votre part don Juan de Arellano et Pedro de Berrio l . »
Le 10 juin, Philippe II revenait à Alcala. L'infant se leva le lendemain pour la première fois, passa de son appartement dans celui de son père, qui l’embrassa avec la joie et la tendresse la plus vives, et le lundi suivant, 25, il put aller entendre la messe à l’église des Franciscains, dans la chapelle du bienheureux Dièguc, dont le corps était resté exposé. Le dimanche 0 juillet, il se rendit à
* « Ayuntamienlo y coregidor de la muy noble ciudad de Tulcdo, lie sabido las proccsiones y plegarias que alu se ban bcclio por la salud del sereniss 0 principe y lo que liabeis holgado de que Nuestro Seiior baya sklo servido de darscla, que en cllo correspondais a tan lealcs vasallos del rcy mi scnor, y yn podeis ver el contcnlainionto que S. M. y yo lenemos desle bueu suceso, y os agradcceinos la visitation que de vueslra parle me ban lieclio don Juan de Arclluuo y i’edm de Berrio. Yo la reyna. » Lettre delà reine à la cité de Tolède. Madrid, 5 juin 1562. Arch. Sini Est., lejr 111.
l’église de Saint-Bernard 1 , où son précepteur Onorato Juan eélébra la messe, assisté par don Pedro Ponce de Léon, évêque de Plucencia. Le 17 juillet, il quittait Aléa la, et le lendemain, à dix heures du soir, il rentrait à Madrid.
11 avait montré durant cette terrible maladie, dont les crises et la convalescence n’avaient pas duré moins de quatre-vingt-treize jours, une grande patience et les sentiments de la plus haute piété. Il se confessa et reçut fréquemment L eucharistie. Sans cesse, dans la journée, on l'entendait prier : il avait fait vœu de visiter différents célèbres lieux de dévotion, comme les chapelles de Notre- Dame de Monserrate, de Guadalupe, et celle du Crucifix de Burgos. Il leur offrit depuis de riches ex-voto.
Les médecins avaient montré un grand zcle, et les seigneurs de sa maison ne furent pas moins dévoués; j’ai parlé du duc d’Àlbe : il faut ajouter que don Garcrn de Tolède, depuis le jour de la chute jusqu’à la (in de la maladie, veilla presque toutes les nuits. Louis Quijada tomba malade d’érésipèle et de fièvre par suite de ses fatigues, et Onorato Juan, malgré sa santé chancelante, ne quitta point le chevet du prince. Le roi resta longtemps auprès de son fils à Alcala, et assista à quatorze des consultations qui eurent lieu entre les divers médecins assemblés. Voici quel était l'ordre de ces consultations présidées par Philippe II lui-même : le roi se plaçait sur un fauteuil; derrière lui se tenaient debout les grands et les nobles de sa suite; à ses côtés le duc d’Albe et don Garcie
1 Don Carlos était particulièrement dévot à saint Bernard : a Divo Bernardo devotissimus. » J. Caramuel, Lobkowilz. Pliilippus Prudens. Anluerpiæ, 1Ü39, in-i°.