LIBÉRALITÉS DE DON CARLOS
Ces faits ne peuvent guère soulever d’objection sérieuse, mais la tâche devient plus délicate pour la ci itique lorsqu’il s’agit de déterminer le caractère réel de. don Carlos. On se trouve en présence de nombreux documents en apparence contradictoires, et qu’une, critique dépourvue. de préjugés peut seule parvenir à cou cilier. Il est certain qu’il serait puéril, à l’exemple des adversaires et des panégyristes déclarés, de représenter 1 infant soit comme un insensé, complètement dénué de cœur et d’intelligence, soit comme un jeune homme accompli, d’une instruction variée et brillante, doué non-seulement des plus heureuses qualités de lame, mais encore d’un sens politique supérieur. Je n’hésite pas à dire (pie les uns et les autres n’ont pas suffisamment étudié la question, ignorent les documents les plus sûrs, et ne connaissent pas don Carios. A mes yeux, il y eut du bien et du mal chez le malheureux prince; des témoignages sévèrement contrôlés affirment également des faits qu’il est possible de concilier. Essayons de reconstruire la vérité.
L’infant avait incontestablement des vertus précieuses partout et surtout chez les princes. Sa libéralité était connue à la cour : « Ses aumônes sont abondantes, écrivait Tiepolo au sénatde Venise, ctc’estavec magnificence qu’il gratifie ceux auxquels il veut du bien ‘. » Un autre ambassadeur vénitien lui prête un mot heureux : « Qui donnera,
1 « É pietoso a’ poveri damlone segno con elecmosina chc scmprecccede la meiliocrità — et è splendidissimo in tulle le cosequando vuol bencficar qualch’uno. » lielazione di Tiepolo . Ms. déjà cité.
si un prince ne donne pas 1 ! » Je vois dans son teslament de 1504 une rente perpétuelle de trois mille ducats instituée en faveur de don Martin deCordoba, frère du comte d’Alcaudete, en récompense de sa brillante défense de Mazalquivir, qui avait eu lieu cette année même ; « et cela, dit le prince, par suite de mon désir de favoriser spécialement ceux qui ont bien servi l’Etat 2 3 * .» Les comptes de sa maison, tenus avec une minutieuse exactitude, et qui existent aux archives de Simancas, confirment le témoignage des envoyés vénitiens : j’y trouve des cadeaux de prix, des gratifications nombreuses; tantôt c’est à la reine Elisabeth que le prince offre une bague ou quelque autre objet de souvenir®, tantôt c’est à don Juan d’Autriche qu’il donne soit un anneau enrichi de diamants, soit des épées de parure ou de tournoi garnies d’ornements à la mode*; il envoie à l’historien Guicciardini 5 deux cents ducats, en rcmercîment du livre intitulé : Description des Pays-Bas ®, à don Alonso La Loo, secrétaire du comte de llorn, deux mille deux cents
1 Rrfazione di Badoero. Ms. B. I. 791.
2 « Por la voluntad que siempre lie tenido de hacer bien y merced â los qua aventajadamente sirven. » Arch. Sim. Test, y Codic. reales, leg. 2.
5 sUna sortija de un rubi que S. A. mandé dar â la reina nuestra sefiora. ® Arch. Sim. Contadurias generales, 1* época, leg. 1110.
4 « Una sortija de un diamnnte tabla que le eompré, el cual S. A. dié al S° principe don Juan de Austria. a Ibid. (La bague valait huit cents ducats. Quant aux épées, j’en compte trois offertes par don Carlos à don Juan.)
3 Ce Guicciardini était le neveu du célèbre historien de l’Italie. Son livre sur les Pays-Bas a été publié en 1567.
0 h Por un iibro de las Cosas de Flandes que envié â S. A. » Arch
Sim., ibid.