LE JUBILÉ DE
scs correspondances : c est seulement au commencement de 1508 que Forqnevaulx nous apprend que le prince n'a point communié à Noël, ni « gaigné le jubilé *. » A l’empressement qu’il met à rapporter cet événement, on voit bien qu’une telle circonstance se produit pour la première lois. Il est donc évident quejusqu’à la fin de 1507, le prince a toujours rempli tous ses devoirs de bon catholique. Le fait que Forquevaulx signale aurait lieu cependant de nous étonner, si nous négligions d’en chercher la cause, mais un peu d’attention nous la donne, et l’orthodoxie de l’infant, tourmenté de scrupules, n’en apparaît que dans une plus vive clarté. A cette époque de sa vie, comme nous le verrons plus loin, la haine que don Carlos portait à son père était arrivée à son comble, mais si l’infant ne pouvait pas la vaincre, il lui était également impossible d’apaiser les inquiétudes de sa conscience. Son confesseur ne croyait pas devoir lui donner l’absolution tant qu’il persisterait dans les mêmes sentiments 5 , et don Carlos, voyant s’approcher le moment du jubilé, redoutait de donner au peuple un mauvais exemple en s’abstenant de la communion. Dans celte angoisse, il prit la résolution de consulter des théologiens. Le nonce, naturellement investi de la confiance du clergé espagnol, apprit d’eux les détails suivants, qu’il écrivit peu après à sa cour : « Toutes les autres personnes de la famille
1 Dépêches Mss. de Forquevaulx (19 janvier 1508).
4 « U n’a voulu pardonner, ni son confesseur lùy donner absolution, à a dénégation duquel il s’est adressé à d’autres docteurs en théologie, qui ont laict le mesnie refus de l'absoudre. » Dépêches Mss. de Forquevaulx, 19janvicr 1568.
royale, dit-il, avaient déjà gagné leur jubilé, quand le prince se rendit au monastère de Saint-Jérôme; il assembla un grand nombre de frères et leur demanda si, avec une grande haine dans l’âme, on pouvait communier. Il lui fut répondu que non, et alors, les interrogeant de nouveau, il voulut savoir si du moins on pouvait communier avec une hostie non consacrée, pour que le peuple crût qu’on communiait. Les religieux répondirent encore que non, et que ce serait commettre un grand sacrilège, et ainsi le prince ne se présenta pas à la communion *. » Sans discuter ici la valeur de cette réponse au point de vue théologique, il faut reconnaître que seuls les sentiments de l'infant pour son père amenèrent le scandale de 1567, dont l’ambassadeur de France déclare également que la seule cause est « la dicte rancueur*. » L’orthodoxie de don Carlos jusqu’aux derniers moments de sa liberté ne saurait donc être mieux démontrée que par le fait même dont on s’est servi pour la révoquer en doute. Il n'a jamais cessé d’èlre catholique, de croire aux sacrements, d’en craindre la profanation, et les détails qui nous ont été transmis sur ses derniers instants achèveront d’établir victorieusement l’inébranlable persistance de sa foi.
1 a Havcndo tutti gli ait ri preso giubileo mandata da Sua Sanlità, il principe andô in un monasterio che si cliiama Sanlo Girolamo... congregô molli lrati e gli dimandô se havcndo uno nell’ animo odio contr’ un allro,' nia con ngionc, si poleva communicare. Gli riposero di no, e cgli di poi dimandô se polcvano almcno communicare con una hoslia non consecrala, perché il popolo credesse che si communicava. Gli fu risposto similmcnte di no, e che séria gran sacrilegio, e cosi non si communicô altramcnte. » Dépêches Mss. du nonce, 4 février 1568.
4 Dépêches Mss. de Fnrquevaulx (19 janvier 1568).