ONORATO JUAN NOMMÉ ÉVÊQUE D’OSMA
Il ne portail pas moins de chaleur dans scs amitiés et dans sa reconnaissance. J’ai cité plus haut la cédule dont il gratifia Hernan Suarez, son alcade de cour l * 3 4 , et les nombreux présents qu’il offrit à don Juan d’Autriche*. Lorsqu’il apprit que ce dernier venait de recevoir du roi le litre de capitaine général de la mer, il accourut aussitôt de Madrid àl'Escurial pour remercier Philippe II de cette nomination comme d’une faveur personnelle 5 . Mais la personne qu'il sembla avoir le plus aimée et à laquelle il montra toujours la confiance la plus absolue fut son ancien précepteur, le vénérable Onorato Juan. Son vif désir, dés que cet illustre savant fut entré dans les ordres, était de lui obtenir un évêché. 11 ne se contenta point d’en parlerait nonce, et voulut demander lui-même celte grâce au saint-père. Philippe II avait à peine présenté Onorato pour l’évècjié d’Osma, à peine ce dernier avait-il écrit au roi sa lettre de remercîment \ *que don Cailos chargeait l’ambassadeur d'Espagne à Home de hâter la nomination définitive, et priait le cardinal Borromée 5 et le pape 6 d’y consentir : « Par la dépêche que vous envoie
1 Voy. page 50.
* Voy. page 80.
3 « Cuamlo S. A. fué al Escurial u besar las manos â S. M. por In mereed que habia heclio al serenissimo principe don Juan d’Auslria del cargo de general de la mar. » Arcli. Sim. Cont. gen., 1* época, déjà cité.
4 Celte lettre est du 1 er octobre 1565. Arch. Sim. Est., leg. 145.
* Le cardinal Bprromeo, célèbre sous le nom de saint Charles Borromée, neveu du pape Pie IV, né en 1558, créé cardinal à vingt et un ans, tout-puissant à la cour de son oncle, et depuis archevêque de Milan. Il mourut en 1584 et fut canonisé en 1610 par Léon XI.
0 Pie IV (Jean-Ange Medici). Il succéda à Paul IV en 1559. Ce fut sous son pontifical que fut terminé le conâle de Trente, en 1565. Il embellit
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le roi mon seigneur, faisait-il écrire' à l'ambassadeur espagnol, vous verrez qu’il a nommé mon maître Unorato Juan évêque d’Osma, et qu’il le présente au saint-père. J’en ai toute la joie que vous pouvez concevoir, à cause des services qu’il m’a rendus et me rend tous les jours, vous* le savez. Je désire donc fort que Sa Sainteté, à ma considération et eu égard aux mérites d’Onorato Juan, lui fasse toute grâce et faveur possibles, tant au sujet des revenus du siège vacant qui appartient à Sa Sainteté, que pour la demi-annate *et l’expédition de ses bulles. Je vous charge donc d’en parler au pape de la façon (pie vous jugerez la plus convenable, l’rioz-le et supplicz-le de bien considérer quel homme est Onorato, et de lui accorder dans celte promotion toute la faveur dont il est digne 5 . » A la
Rome On lui a reproché avec raison sa conduite envers les CarnITa, ses ennemis. Il niouruUlc 9 décembre 1505. Pic V lui succéda.
1 Ces diverses lettres ont été évidemment rédigées par le secrétaire du prince. Celles que nous avons de don Carlos ne peuvent l'aire supposer cette netteté d'expression et de raisonnement. Les post-scriptum seuls lui appartiennent.
s On sait que l’annale est le droit accordé au pape pour les bulles des évêchés et abbayes, et qui consiste dans le revenu d’un an.
3 « Por el despacho que se os envia del rcy mi seiïor vereis como lia uombrado y presentado a Onorato Juan mi maestro al oliispo de Osma, de que yo lie holgado lo que podeis considérai' por la razuu que hay para olto, linbiéndonie servido y serviendo de présente tan bien como sabeis... y querria y dcsco mutho que S. S., por mi contemplat ion y respeto, y por ser Onorato Juan persona tan calilicada y benemérita, le hieiesc cl favor y gracia posible, asi en lo de los fructos caidos do la sede vacante que perlenecen d S. S. como en lo de la media annata y expédition de sus huilas, os encargo muelio que vos, con la buena manera que veréis que convicne, lo déis d enlcnder a S. S. en virtud de la caria que, ton esta le cscribo y le pidais y suppliquéis que, teniendo respeto d lo D° y d lo tpic yo lo estimaré, mande haccr al D° mi maestro en esta su promotion cl favor y merced que le mcrescc el ser yo tan aficionado y tan obedienlc
LETTRE DE L’INFANT AU l'APE.
fin de cette lettre, le prince ajoutait, de sa main un postscriptum où l’on reconnaît la mollesse et les irrégularités de son style : « Ce qu’on désire dans cette affaire est qu’on obtienne de Sa Sainteté pour mon maître les mêmes grâces qui ont été accordées à l’évêque de Cuença *, et que vous traitiez celte négociation comme chose à moi personnelle, de manière qu’on obtienne ce qu’on désire. Moi le prince*. »
Par le même courrier, la lettre suivante avait été expédiée au pape : « Très-Saint-Père, le roi mon seigneur ayant présenté mon maître Onorato Juan pour l’évêché d’Osma, j’écris à l’ambassadeur de Sa Majesté pour qu’il expose à Votre Sainteté ce qu’il apprendra par ma lettre touchant l’expédition des bulles. Je supplie très-humblement Votre Sainteté de donner entière foi et créance à ce qu’il lui dira sur ce point, et de faire à mondit maître les dons, faveur et grâces que j’attends de Votre Sainteté. Je les recevrai et estimerai comme un bienfait personnel de Votre Béatitude, que Notre-Seigneur puisse conserver longtemps pour le bon et heureux gouvernement de son Eglise universelle *. » Ici encore, à la suite de la missive
liijo de S. S. » Lettre de don Carlos au commandeur de Castille, ambassadeur d'Espagne à Rome, 8 octobre 1563. Arch. Sim. Est., leg. I4ô.
1 L’évêque de Cuença était confesseur de Philippe II.
s a Lo que se prétende en este negocio es que se consiga de S. S. la mereed que se hizo con el obispo de Cuença por mi maestro y que vos lotrateis como cosa tnia propi, i, de manrra que se consiga lo que se prétende. Yo el principe. »
5 o Muy Santo Padre, habiendo présent ado cl rey mi seiior al obispado de Osma Onorato Juan mi maestro, para que V. S. lo provea.... le cscribo que de mi parte liable â V. S. lo que dél (etnbajador) oird sobre la cxpedicion de sus huilas. Muy bumildemente suplico a V. S. le mande dar entera fé y crccncia en todo lo que cerca desto le dijere, y Lacer al I)°
officielle, don Carlos ajoute, de sa main, les lignes suivantes, dont je conserve les négligences : « Je supplie Votre Sainteté de me faire la grâce de faire pour mon maître ce qu’elle a fait pour l'évêque de Cuença, à cause delà grande reconnaissance et de l'affection que j’ai pour lui \ » Le cardinal Borroméc reçut aussi une lettre spéciale et un post-scriptum du prince rédigé en ces termes : « Cardinal, le plaisir que j’attends de vous est de me faire obtenir de Sa Sainteté, pour mon maître, la faveur accordée à l’évêque de Cuença, et je désire la recevoir par votre entremise*. »
L'infant ne sollicita pas en vain la cour de Rome. La nomination de l’évêque d’Osma fut confirmée parle pape en mars 4564®, et au commencement de l’année suivante, Tie IV, pour mieux faire connaître à don Carlos son affection spéciale, lui envoya par Yencëslas Rargon, son camérier, une épée et un chapeau bénits \ L’ambition du jeune prince pour son maître ne fut pas encore satisfaite,
mi maestro la merced y favor y gracia que yo espero de V. S. que la estimaré y recibiré en ello por muy particular de Vuestra Beatitud, cuya muy sanla persona Nuestro Seiior guarde al bueno y prôspero regimiento de su universal Iglesia. » Lettre de don Carlos au pape, 8 octobre 1503. Arch. Sim., Est., leg. 143.
1 « Suplieo d V. S. que me haga merced de Lacer con mi maestro lo que liizo con el obispo de Cuença por la gran obligation y amor que le tengo. Yo el principe. » Ibid .
* « El placer que vos, cardenal, me habéis de Lacer es que yo consiga de S. S. la merced que se liizo con el obispo de Cuença para mi maestro, y para esto quiero que vos seais el medio. Yo el principe. » Arcli. Sim- Est., leg. 145.
3 Yoy. Kircher, Principis christ iani Archet upon polilicum, déjà cité.
4 « Hdcese cargo a Diego Olarle del estoque y pileo consagrado que S. S. envié d S. A. con Vcnceslao Rargon su cainarero, por hebrerodel ano pasado de 1565. « Arch. Sim. Contad. gen., 1* ép., leg. 1056.