‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 45 sur 131 · LETTRES DE L'INFANT A ONORATO · texte numérisé non relu

LETTRES DE L'INFANT A ONORATO

vous vous êtes trouvé là-bas l , et s'il vous en a beaucoup coûté. J'ai été d’Àlameda à Buvtrago, qui m’a paru trèsbien : je n’ai été «pic deux jours au basque, et je suis venu en deux autres jours ici 2 , où je suis depuis mercredi. Je me porte bien. Je finis. » Et il ajoute en postscriptum ces paroles simples, sans liaison avec les précédentes, mais touchantes : « Le meilleur ami que j’aie en cette vie 3 . »

On voit combien le prince désirait la présence d’Onorato, quelle confiance il avait dans l’affection à la fois paternelle et respectueuse de ce grand esprit qui avait aussi un grand cœur, avec quelle joie presque enfantine il donnait les moindres détails de sa vie à ce vieillard qui le suivait d'un regard inquiet et affligé parfois, tendre toujours. Onorato Juan, mémo sa tâche de précepteur terminée, avait conservé sur le caractère du prince une remarquable autorité. Lui seul était capable de le calmer par ses paroles, parla douce influence d'une sagesse aimable et d’un dévouement sincère. Don Carlos

1 (Tétait probablement à Nerabizeio, dans l'évêché de Placencia ; ii est que lion plus loin du séjour d’Onorato dans cette ville, et la lettre du prince n’ayant pas île date d’année, on peut la supposer de juin 1560.

- A Médina del Campo.

3 « Yo recibî vuestra caria en cl bosque : yo estoy bueno,y Üios sabcsi me liolgaré de ir ion la reyna por veros. Ilugiisc me sabcrcomo os lia ido en esto, si lia avido nimba cosla; y fui de Alameda a Buvtrago, y me parecié muy bien, y non lui en dosdias en bosque, y aora viné en olros dos aqui donde estoy des le el rniéicoles liasta oy. Yo estoy luiciio. Acabo. Del Campo a dos *Je junio. Mi mayoramigo que lengo en e (a vida. » Lellie de don Carlos, citée par Kirrber, ibid. — Ces lettres paraissent, avec rai . son, déplorables connue style à l.lorente, Vil, p. 177, el à M Laliienle, \lll etc.

s'empressait de faire droit aux rares demandes que lui adressait son maître : « J'ai parlé de ce dont vous m'aviez chargé au docteur Velasco et avec beaucoup de chaleur, » dit-il dans un billet du 24 juin 1565 , où il exprime encore son vif désir de se rencontrer prochainement avec l'évêque d'Osma

Ces entrevues toutefois étaient difficiles. Bien qu’Osma ne soit guère à plus de quarante lieues de Madrid, la distance est considérable pour un vieillard d’une santé débile. Aussi Onorato, à son grand regret, était-il forcé d’ajourner sans eesseuncvisitequicûtétédouccà son cœur.Durnoins, s'il ne pouvait entretenir lui-même son ancien élève, aimait-il à lui envoyer des conseils où se peint la plus douce familiarité; on sait que le jeune prince était attentif à ces paroles, et l’évêque les mesure avec le tact de l homme qui a l’habitude des cotirs, avec la sollicitude d’un maître, l’expérience d’un vieillard au bord de la tombe, et l’onction d'un ministre de Jésus-Christ. Je veux citer ici presque en entier l’une de ces belles lettres : elle fait parfaitement counaître Onorato, la pureté de ses sentiments, la noblesse de son àme et son affection pour l’infant qui savait si bien y répondre* : « Votre Altesse a dû apprendre le peu de

1 « Ilicé lo que vos me cncomendaslcs eon et doclor Velasco, y muy encarccidamenlc. » Lettre de don Carlos à Onorato, ‘24 juin 4565, citée par K ire lier, loco cil.

* Celte lettre est sans date; mais il est vraisemblable qu’elle est de 1565. C’est à ce moment que les dissentiments entre Philippe II et son fils ont éclaté, et on voit que l’évêque d’Osma y fait allusion. Il annonce partir avant le commencement de 1 hiver pour éviter les grands froids. On peut donc placer la date dans les mois d’octobre ou de novembre 1565. Lloi cille indique comme date le mois de mai 1566. Je doute de celle date, car la prf caution d’Onorato au stijel de l’hiver eût été bien excessive.

LETTRE D'ONORATO A L'INFANT.

sanlé (jue Dieu m'a donné depuis deux ans. Elle sait aussi que je suis obligé de prendre soin de moi-même pour ( Ire mieux en état de la servir,.. J'ai donc résolu, voyant que les forces et la vie me manquent, d’aller passer quelque temps en lieu favorable à cette sanlé chancelante, et, si Dieu exauce mes désirs, de consacrer désormais toute ma vie au service de Votre Altesse. Je vous supplie donc d’agréer celte absence, et de joindre votre approbation à celle que j’ai reçue de Sa Majesté. Je vais à Xerahizeio, dans l’évêché de Placencia. L’air de ce pays est doux, les médecins disent qu’il convient à ma santé, et comme j’ai surtout souffert durant la fin de février et le commencement de mars dans les années piécédentes, v je désire me rendre dès avant l’hiver dans une région plus tempérée.

« Je prie Votre Altesse de se souvenir, durant mon absence et toujours, des recommandations que je lui ai faites nombre de fois. En somme, ce sont trois choses. La première est l’amour et la crainte de Dieu, le respect de ses commandements et f observation des règles, non pas seulement à l’intérieur, mais encore à l’extérieur, en vue du bon exemple que Voire Altesse doit à tous l . » Ici Onorato

1 « Scîior... ya V. A tendra cnlendido de la poca salud que Dios lia sida rervido darnic de dos aiios ;i esta parle, y lambicn la obligucion que tengo de procurarla para mejor servir con clla a V. A... lie Ira ta do de irme algunos dias à parte dondc pueda alcançar salud, y siend.i Dios servido darmela, venir con clla asistir en el servicio de V. A. loda mi vida, y mûrir eu cl como lo deseo. Suplico a V. A... se sirva de tencr por bien esta lui auscncia, V darme licencia que lainbien S. M. lia sido servido darmela. Mi ida i s à Xerahizeio, un lugar del okispado de Placencia, que por ter uquella ticira tcmplada y eual los médicos dicen couviciie à mi sa'.ul, lie acordado ir ;i clla... y doyme pnesa â salir de aqui porque es-

os

entre dans divers détails de pratique, et, ce qui caractérise bien l’esprit du temps, même chez les hommes les plus doux et les plus éclairés, lui recommande défavoriser toujours le saint-office 1 . Mais bientôt, revenant à des considérations plus spéciales à son auguste élève, inquiet, connue toute la cour, de savoir divisés le jeune prince et Philippe II, el bien instruit des difficultés sans nombre qui se pourraient suivre plus tard d’un si redoutable état de choses, il s’efforce de les prévenir par ses conseils, et il ajoute avec une douce sévérité : « Le second devoir que je dois vous recommander, après l’obéissance à Dieu, c’est la soumission que Votre Altesse doit à son père, l’exacte observance de ses ordres et le désir de lui complaire. Indépendamment même des ordres particuliers de Dieu, qui subordonne à l’exécution de ce commandement les biens temporels en outre des biens éternels, celte voie plane et droite doit tout faciliter à Votre Altesse, et se trouvant ainsi aidée de Dieu en ses affaires, prenant sa divine Majesté pour boussole et pour guide, Votre Altesse fera en sorte que tout le monde soit satisfait, car on aime que les fils vénèrent leurs pères el leur obéissent: on tient pour

l os afios en fin de hebrero <5 pi incipio de março me lin apretado mas esta mi indisposicion... y deseo por cri t onces estar en parte menos fria. Lo que suplico û V. A. es que se acucrdc en esta mi ausencia y siempre de lo que le lengo suplicndo muclias veccs, que son en suma 1res cosas. La primera el amor y leinor de l)ios, con lo que â este esta annexe que es muclia euenta con sus mandamicnlos, y la cxceucion de ellos no solainenle interior, pero auu exterior, por cl liuen exemplo que V. A. esta ubliçuda â dar â todos. n Lettre d'ünurato Juan à don Carlos, citée par K i relier, Principi.ï christiani, etc., loco cit.

•« Suplico à V. A. acuenle de lener (ior muy suyas para lavoiecer siempre las cosas del sanlo ofnio y de los niinislros de él. » Ibid , ibid

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certain que toute autre route est périlleuse, conduit à des peines visibles et ne procure jamais aucun avantage 1 . »

Après avoir indiqué au prince ses devoirs envers son père, il lui reste à insister encore sur ses devoirs envers ceux qui vivent auprès de lui. Ces détails n’étaient pas superflus ; on verra plus loin combien les emportements de don Carlos étaient redoutables à son entourage, et comme non-seulement ses propres serviteurs, mais encore les ministres de Philippe II, avaient à en souffrir, il était opportun d’essayer au moins la ressource des affectueux conseils : « La troisième chose importante, dit encore l’évêque, est que Votre Altesse s’efforce en tout temps de traiter avec amour et douceur, soit en fait, soit en paroles, ceux qui l’approchent et la servent. Je l’ai déjà dit bien souvent à Votre Altesse, c’est une des choses qui donnent le plus de gloire aux princes, et dont la renommée se répand le plus de toutes parts, non-seulement dans leur royaume, mais encore à l’étranger. C’est par là qu’on préjuge des inclinations d’un prince, puisqu’il y a lieu de présumer que

* «... La segurula cosa que sc sigue, despues de lo que toca à Dios, es la ohediencin que V. A. esta oldigado d tener d su padre con scrvillc y contentalle en lodo lu que se mandase, y V. A. cntendierc que el desea pur su bien y proveebo propio, pues dejado a parle la obligacion que para elle hay, y ser tan expressa y parlicularineule inandado por Dios, que acordô en solo este mandamiento poner preinio temporal de mas dej elerno; es este camino llano y derecho para facilitar V. A. lodas sus cosas y ser ayud.ido de Dios en clins, tomando d su divina Magestad por norle y guia, y de esta suerlc lerna â la gente de su parte que naturalmentc se satisface, y paya de que los liijos reverencien d sus padres y los sean obedientes, teniendo por cosa muy cierta como lo os que todos los otros caminos son peligrosos y errados, y que al cibo paran en trabajos visibles sin proveebo alguno. » Ibid., ibid.

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tel il a été avec ceux qui sont d ordinaire auprès de lui, tel il sera avec tous, et que s’il traite mal ceux qui le servent nuit et jour, il n’aimera pas se montrer plus favorable à ceux qui non-seulement ne le peuvent servir mais encore parviennent malaisément même à le voir.

« Je fais les mêmes recommandations à Votre Altesse pour sa conduite envers les serviteurs et ministres de son père : on estime d ordinaire l’affection du lils pour le père d’après l’affection qu’il porte à ceux que son père aime et honore. Ce que je dis des serviteurs et ministres s’entend aussi de tout autre, puisque Votre Altesse • doit être un jour le père de ses sujets. 11 faut que Votre Altesse écoute avec attention tous ceux qui lui parlent, et s’ils lui demandent de solliciter Sa Majesté en leur faveur, qu’elle leur réponde en peu de mots distincts et clairs, sans sortir du sujet par des interrogations inutiles, sans les forcer ainsi à des réponses longues et pénibles dont ils préféreraient se dispenser. Je supplie surtout Votre Altesse de ne traiter personne avec dédain, ni en particulier, ni en général. Je le lui ai déjà dit bien souvent : c’est un périlleux écueil pour les souverains qui peuvent de la sorte perdre l’amour de leurs sujets, comme il s’en est vu bien des exemples à l’étranger. Il est clair que le dédain n'offense de personne plus que des princes : d’abord naturellement les hommes désirent leur estime, et, en outre, plus ceux qu’on offense sont loin de pouvoir rendre mépris pour mépris, plus vivement ils ressentent l'aflront .

Pour éviter ce danger, toujours j’ai regardé comme

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sage de ne pas s’enquérir de la vie des autres *, de ne pas se réjouir de leurs fautes, car il est avéré que de cette curiosité de grands maux peuvent se suivre. Celui qui n’interroge pas ne sait pas tant de détails, et ne les sachant pas, il n’a point à en parler et à en ressentir de dédain. Au contraire, il arrive souvent <jue, connaissant trop de choses, on les garde mal secrètes, et que l'on cause ainsi de très-grandes querelles dans sa maison, souvent même des rébellions dans le royaume. Il suit de là forcément 'qu’un prince perd tout crédit aux yeux des * gens, nul n’ose plus se fier à lui : on ne lui dit plus même ce qu’il a besoin de savoir, malheur très-grand pour tout le monde, spécialement pour les rois... Je supplie humblement Votre Altesse de me pardonner ma prolixité et de ne 1 attribuer qu’à mon sincère désir de la servir »

1 Onorato ne condamne ici qu’une vaine curiosité, qu'un désir inopportun de connaître des détails inutiles, et il tombe sous le sens qu'il ne prétend pas imposer au prince l’ignorance de la vie passée des gens qui sollicitent des grâces. La suite de la lettre le démontre clairement.

â «... La tcrcera cosa es que V. A. se esfuerce en todos tiempos ;i tralar con amor y blandura â sus criados en obras y en palabras, pues, eomo otras louchas veecs tengo dichod V. A., es esta urta de las cosas que nias lustre suele y puededarâ los principes, y que mus se publica en todas partes, y no solamente en los roynos propios, pero aun en los agenos, y de que se vienc â tomar nuis luz y resolucion de las condiciones y inclination de un principe, pues se lia de presumir que cual fuere con essos pocos que trata de ordinario, séria con todos si los vetiicsse à communicar, y que si trata mal a los que noehes y «lias lo estan 6irviendo, que no holgard de hacer mereed â los que apenas alcançan à cerle, tuanlo mas â podclle 'Servir. Lo mismo ha de tencr V. A. con los criados y ministres de su pndre, pues es ordinario sacar por esto que tan amigo es el liijo del padre, y que tanlo desea eontenlallc, quanlo entienden quo quierc bien â los que fl padre ama y honra. Lo que digo de los criados y ministres enliendo

On a du remarquer que l’évêque d’Osma insiste principalement sur trois choses : le respect envers Dieu ef l'obéissance à scs commandements, la soumission au roi, la bonté vis-à-vis des inférieurs. A l’exception de la première recommandation, qui devait naturellement se rencontrer soucia plume d’un évêque, ce n’était pas là une série de lieux communs. Onorato n’était pas homme à prêcher à son élève, pour le plaisir de parler, des vérités si connues, si rebattues, et sur lesquelles tout autre, moins bien informé que lui, aurait également pu discourir. Par le fait, celte lettre si sage s’applique non-*

decir lambien de lodos los olros, pues se cria Y. A. por padre de todos... que los que le vicnen â ver y servir les recoja V. A. oyândolcs con atencion, y sialgo le suplicarcn que Uable A su padre... que lus palabras que se les dijeren sean pocas, y essas distintas y claras sin alargarsc a mas preguntar ni nccesilarlos â respuestas trabnjosas y de que ellos holgasen de poderse excusai-. Sobre todo suplico à V. A. traiga muy grande cucnta con no laslimar a persona alguna, en parlicular ni en general, pues coino muchas vcccs lengo diebo â V. A., es eslo un peligroso negocio para los reyes, y de que maynres inconvenientes se podrian seguir quando viniesen por ello â perder el amor de sus sûbditos y que se ban visto deslo exemplos extranos : pues esta claro que estas cosas de nadie se teuiun pejor que de los principes, por razon que naturalmenle los hombres descan ser tenidosen muclio de ellos... y lo otro porque cuanto mas lexos estan los injuriados de podcrles laslimar â ellos como lo mismo, sienten mas la afrcnla. Para remedio de esto, liallé siempic por muy proveclioso el no inquirir vidas agenas, ni holgar de saber sus luttas, pues es averiguado que desta curiosidad vienen otros danos, porque el que no pregunta no sabe tanlas parliculnridades, y, no sabiéndoles, no ticne titnto que decir ni con que laslimar. Tambicn es ordinario que en el que trata de esto no puede ser muy secreto, y es causa de muy grandes rebuellas en su misma casa y reyno, y al cabo es l'ucrza que perdiendo el créditocon las génies que no se osan bar dél ni le digan lo que le conviene saber que es grau perd i du para todos, pero para los principes la mayor que puede ser.. AV. A. liumildcnientc suplico perd on e esta prolixidad y la atriboya al deseo que siempic lu vé deserville. » Ibid ibid.

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seulement à tout prince, mais encore à tout homme, par cela seul qu'elle offre, spr des données générales, de lions conseils qui peuvent convenir à tous. Mais si l’on va plus attentivement au fond des choses, on s’apercevra sans peine que ces mêmes conseils étaient spéciaux pour l’état moral de don Carlos et visaient précisément à détruire, s’il était possible, deux grands vices de sa nature, l'insubordination envers son père et des emportements terribles contre diverses personnes de la cour. Si l’on étudie les actes déréglés que nous avons à rapporter maintenant d’après un grand nombre d’historiens et de témoins oculaires, on verra qu’ils prennent tour à tour pour la plupart l’un ou l’autre de ces deux caractères, et (pie si l'importance de quelques-uns de ces laits a été exagérée ou diminuée selon les diverses thèses, tous justifient les recommandations de l'évêque d’Osma. Rien ne démontre mieux l’erreur de ceux qui voudraient voir dans ces récits une invention ou une calomnie. La lettre d'Onorato avait un but pratique : il insiste sur des défauts •particuliers à son élève, sans prétendre faire un traité général sur la conduite des princes. Il se lait sur bien des points dont il aurait parlé sans doute s’il eût écrit pour tous les héritiers de maisons souveraines, et ne s'attache qu’à des réalités, voilant de véritables reproches sous la forme plus respectueuse du conseil, et faisant allusion à des faits pénibles pour sa tendre sollicitude.

Abordons maintenant l’étude des bizarreries, des haines, des violences qui Unirent par révéler à la cour et au souverain désespéré un trouble étrange dans les facultés du futur héritier de tant de couronnes. L histoire

peut -elle oublier ici celte terrible maladie mentale héréditaire qui, après avoir brisé la vie de Jeanne do Castille, jeté dans de ridicules ou lugubres fantaisies la vieillesse de Charles-Quint, assombri le caractère de Philippe II, se transforma plus tard, chez Philippe III et Philippe IV, en imbécillité, reparut chez le malheureux Charles II, tout ensemble fou et atrabilaire, et emporta au tombeau ce dernier descendant d'une dynastie illustre mais funeste entre toutes au peuple qu’elle a gouverné.

J’ai raconté déjà quelques-uns des actes singuliers qui, dès l'enfance de don Carlos, avaient douloureusement surpris ses maîtres *. Son intelligence depuis lors ne s’était guère développée. Ses lettres le démontrent : on n’v rencontre pas assurément le style d’un jeune homme de vingt ans dont l’esprit est ferme et étendu. Cependant ses études n’avaient pas été négligées. On a dit que Fon précepteur n’avait jamais pu parvenir à lui apprendre le latin *, mais ce détail est inexact. Il est vrai que le laiin était enseigné alors d’une manière barbare 5 et rebutante, mais les premières années du prince avaient satisfait ses maîtres : don Carlos avait commencé le latin dans les derniers mois de 1554, et c’est seulement quatre ans plus tard, en octobre 1558, qu’Onorato écrivit à Philippe II les premières plaintes auxquelles l'infant ait donné lieu. Il est donc certain que pendant un

* Voy. pipes 24, ‘23 et suiv.

s « Sc Ici 1 I i ba tan rctrasado rn et esludio que aun no sabia latin ® I.lorente, Hist. de la Inquisicion.

3 « Con harbaro modo deenseiiar, » dit l’archevêque de Valence, Martin Pcrez de Ayala. M*. de la Bibl. de Séville, cité par A. de Castro. Hùt- de los protestantes espaüoles.

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