‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 46 sur 131 · ETUDES DE DON CARLOS · texte numérisé non relu

ETUDES DE DON CARLOS

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laps île temps assez considérable, don Carlos avait étudié le latin non sans zèle et sans fruit. Une relation contemporaine nous montre d’ailleurs Onorato lisant à son royal élève tous les jours un passage du De officiis Rien ne prouve que don Carlos ait depuis abandonné cette étude, et qu’Onorato se soit borné à lui apprendre à parler et à écrire correctement l’espagnol, mais il est vraisemblable que l’infant était très-médiocrement instruit, que ses précepteurs ne pouvaient soumettre à un labeur suivi cet esprit indocile. Son séjour dans la studieuse ville d’Alcala fut d’ailleurs abrégé par sa chute, et il est peu probable qu’à son retour dans Madrid, à dix-huit ans, il se soit livré à des travaux longs et sérieux. Ce fut peu de temps après qu’Onoralo fut élevé à l'évêché d’Osma, ce qui, dans l’esprit de Philippe II, était sans doute une récompense définitive après une éducation tant bien que mal terminée. Il avait fallu en prendre son parti et ne pas demander obstinément à l'intelligence de l’infant plus de connaissances qu’elle n’était capable d’en porter. On lui forma cependant une bibliothèque assez bien choisie et composée même d’ouvrages très-variés : j’ai remarqué, dans le long catalogue que j’ai eu entre les mains, des ouvrages d’histoire, tels que la Vie de l’empereur Cbarles-Quint, les Hommes illustres de Plutarque, l’Histoire pontificale et catholique, Denysd’Halicarnasse, la Géographie de Claudio Tolomeo (sic) s , Térencc, Sallusle,

' Relaziouedi Badoero. Ms. déjà cité.

*11 s’agit ici du fameux géographe Ptolémée, et non. comme la faute d’orthographe pourrait le faire croiie, du savant Claudio Tolnmmei, qui n’a point écrit de géographie.

Ésope, des traités d histoire naturelle et de blason, des livres de piété, et, ce qui était un souvenir toujours cher à la famille royale, la Vie du bienheureux Diègue

Je ne sais pas si don Carlos feuilletait souvent tous ces livres, mais je ne le crois guère, si j’en juge par ses goûts frivoles ou grossiers, tels que la passion de la table, des promenades nocturnes et du jeu. «'Plusieurs fois, écrivait Tiepolo à Venise, ses excès de table ont amené des maladies graves 2 . » Je lis dans une lettre de Guillaume d’Orange : « Le prince d’Espagne a mangé ces jours derniers seize livres de fruit, y compris quatre livres de raisin, en une seule séance, et est en conséquence tombé malade 3 . » L’ambassadeur de France raconte qu’un courrier de l’Empereur osa dire en quittant Madrid : « Qu’il s’en allait bien mal édifié des contenances qu'il avoit veu tenir au prince d’Espaigne en table et hors d’icelle \ » Brantôme rapporte que don Carlos aimait fort la nuit « ribler (battre) le pavé; » il ajoute même qu’il insultait les femmes au passage, ce qui est assez ordinaire à qui choisit de telles heures pour s’égayer incognito 5 . Si Brantôme seul affirmait ce fait, je n’aurais certes pas pris la peine de le redire, mais je le retrouve dans deux écrivains sérieux, Ferreras et Cabrera : l’un et l’autre racontent ces promenades nocturnes, sans doute habilement cachées au roi, qui ne les eût point permises;

1 Arcji. de Sim. Conl. gen., 1* ép., leg. 1051.

3 « I*er gli disordini grandi del mangiare... più voile ha patito gravissime maladie » fielazione di Tiepolo. Ms. Bibl. lmp., déjà cité.

s Correspondance de Guillaume le Taciturne, III, 12.

* Dépêches manuscrites de Forquevaulx, 8 février 1500.

3 Rranlôme, Mémoires, II, 102.

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