PROMENADES NOCTURNES
ils laissent deviner les désordres et la licence de ces débauchés que la plus scrupuleuse sévérité ne peut parvenir à éloigner des princes Ainsi Néron parcourait la nuit les carrefours de Rome 1 2 * * . Mais s’il n’arriva pas au pâle et débile jeune homme qui imitait ainsi, sans le savoir peut-être, l'antique César, d’être battu à mort par quelque mari en colère, il se trouva que dans une de ces courses errantes un peu d’eau lui fut jetée sur la tête du haut d'une fenêtre. Cette aventure n’aurait pas dû surprendre un rôdeur de nuit; mais le prince fut saisi soudain d’une sorte de fureur convulsive, et, rentrant au palais, il commanda à des gardes de brûler la maison après en avoir égorgé les habitants. L’officier qui reçut un tel ordre eut le bon sens de l’éluder. Il sortit et revint dire au prince qu’il avait vu entrer dans cette même maison un prêtre portant le saint sacrement à un malade, et qu’il avait cru devoir alors en respecter les murailles 5 . Don Carlos se paya de cette raison, soit qu’il la supposât vraie, soit plutôt que son accès de démence fut calmé. Ces divertissements, peu dignes d’un prince, faisaient un singulier contraste avec les apparences d’austérité chères à Philippe II, dont les mœurs étaient loin d’être pures, mais qui détesta toujours le scandale pu-
1 Ferreras, IX, 544. — « Salia el principe de noclie por la corlc cou
i ndcccncia y facilidad. » Cabrera, VU, 4C9, cl ton copiste Van den Ilam-
men. Felipe el Prudente , p. lü‘2.
* Suétone, Kero, XXVI.
5 « Y porque le cayô de una venlaua un poco de agua, embié la guarda para quciuarlc y malar los moradorcs y bolvicrou diciendo (para satisf'arellc) eulraba cl sanlo sacramcnlo en ella y respetaron por cslo sus paredes. i Cabrera, ibid. — Ferreras, ibid