‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 48 sur 131 · RAPPORTS DE PHILIPPE II ET DE SON FILS · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE PHILIPPE II ET DE SON FILS

ilécis comme toujours *, ne pouvant ou ne voulant pas s’avouer ce que personne n’eût osé lui dire, n’entendait reconnaître ni l’incapacité de l'infant ni les désordres de son esprit *. Il préférait le croire fhdocile, violent, rebelle à toute autorité, essayait de le corriger au moyen d’une discipline sévère, ne lui présentait jamais qu’un visage morose, s’irritait de sentir sa volonté réduite à l’impuissance 1 * 3 4 , s’indignait de voir la sécurité de l’Espagne compromise par la perspective d’un règne désastreux et ne parvenait qu’à entretenir dans l’âme de l’infant une aversion mal dissimulée pour l’àpre et implacable père qui prétendait le contenir par la terreur \

De là un déplorable antagonisme, une situation pleine de périls et de scandales Philippe croyait devoir à sa dignité de ne pas céder, et il le devait peut-être à ses illusions. Onorato s’efforçait en vain d’obtenir du prince une soumission nécessaire. L’aveuglement du roi lui imposait la sévérité, le désordre qui régnait dans l’esprit de l’infant ne lui permettait pas le calme que son père eût considéré comme l’obéissance. Bientôt la haine de don Carlos pour le roi et ceux qui avaient sa confiance devint tout à fait publique : on s’entretenait à la cour d’Espagne et dans les cours étrangères d’un état de choses qui effrayait les uns, réjouissait les autres, et paraissait à tous

1 « L’indécision formait l’un des traits dominants du caractère de Philippe II. » Gai llard, hitr. à la correspondance de Philippe 11, II, i, 50.

* * Dopo aver con ogni palienza cercato a discoprir l’imperfeclione de. figliuolo. » Compendio délia vita di Filippo II. Ms. Bibl. Imp. , 10232

3 « Il en sent grand ennui dans son cœur. » Dépêches manuscrites de Forquevaulx (24 août 1507) .

4 Dépêches manusc. de Forquevaulx (septembre 1507).

sans issue. Tiepolo écrivait à Venise : « Ardent, impatient, il s’irrite sans peine, il s est montré souvent cruel dans sa fureur, et il déteste tous les serviteurs de son père 1 . » Forqucvaulx écrivait à Paris : « Il resprouve et rnesprise communément toutes les actions du roy son père s , » et ailleurs : « Il y a eu quelque prise entre le Roi Catholique et son fils pour les désordres qu'il (l’infant) continue à faire assez mal à propos 5 ; » Brantôme, à son retour de Madrid, signalait cette haine funeste dans ses Mémoires; tous les historiens, échos des conversations générales du temps, sont d’accord sur ce point, et l’on a vu plus haut quels tourments religieux cette invincible antipathie avait jetés dans l’ànie de don Carlos.

Le malheureux prince, à mesure qu’il avançait en âge, tout en conservant d’autre part les bonnes qualités que nous avons étudiées, devenait dans ses accès do fureur maladive de plus en plus redoutable à ceux qui l’entouraient, et ces accès étaient déplus en plus fréquents; ses sentiments envers son père prenaient un caractère systématiquement hostile, et des faits nombreux sans cesse renouvelés, « des folies trop débordées, » selon l’expression de l’ambassadeur de France, venaient confirmer les inquiétudes, ajouter aux craintes, et aigrir la colère de Philippe II. On rencontre dans les écrivains espagnols des anecdotes si bizarres, qu’il faudrait les révoquer en doute si l’on ne connaissait la violence du

1 « É ardente nclle cose sue, el forsc prceipitoso; lacilmcnlc s'adira, et ncll’ ira ha dalo segno d’esser crudelc... Non è amico de’ servilori del padrc. » Rclazioiie di Tiepolo. Ms. déjà cité.

- Dépêches manusc. de Forqucvaulx (3 novembre 1565).

3 Ibid. (30 juin 1567).

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