ESPINOSA ET CISNEROS
prince, si quelques-unes ne se trouvaient démontrées par diverses enquêtes qui curent lieu après la mort de l’infant 1 , et d’ailleurs ne se rapportaient avec exactitude aux conseils d'Onorato Juan.
J'ai dit que don Carlos ne cachait pas son antipathie pour divers membres du conseil d’Etat. Il était notoire en 1567 qu il haïssait Ruy Gomés de Silva, qui avait été nommé son majordome en 1565 après la mort de don Garcie de Tolède *. Il paraît avoir également détesté le cardinal Espinosa 3 , l’un des personnages les plus influents du conseil, et cette haine a pour origine une circonstance qu’un homme de bon sens eût remarquée à peine. Un comédien nommé Cisneros donnait des représentations à Madrid; cet acteur était l’un des plus célèbres de la troupe de Lope de Rueda; ce fut lui qui plus tard à Séville créa le rôle de Ylnfamador dans la pièce de Juan de la Cueva : il avait, dit-on, beaucoup d’esprit, et dans plusieurs ouvrages espagnols, entre autres dans Guzman d’Alfarache , on cite de lui des traits et des mots ingénieux. Ses représentations à Madrid avaient grand succès,
‘Ces enquêtes n’avaient point pour objet l’infant lui-même; mais quelques personnes attachées à sa maison les provoquèrent elles-mêmes pour leurs intérêts particuliers. Le prince n’y est mêlé qu’accidenlellement. Sous en tirerons plus loin un récit et des détails curieux. Les procès-verbaux sont à Simancas.
s « No è amico de Ruy Gomex que è ora suo maggiordomo. » Flelazioue di Ticpolo. Ms. déjà cité.
5 Espinosa, membre du conseil d'Etat, président du conseil de l'inquisition, cardinal. Il était d'humble naissance, et c’était pour humilier les grands, s’il faut en croire une relalion’italicnne manuscrite, que Philippe 11 l’avait élevé si haut : « Perché S. M. vuol tener Rassi li grand di Spagna. » Ms. Ribl. lmp.
ot don Carlos y prenait plaisir. Cependant ce n’était pas sans peine que le gouvernement tolérait les speclacles : sans cesse il paraissait de nouveaux édits contre la licence des pièces de théâtre, et dans cette cour où dominait l’inquisition, où plus tard, en 1600 , les conseils devaient interdire aux femmes de paraître sur la scène, et ranger les divertissements dramatiques au nombre des péchés mortels même pour les spectateurs, il n’est pas étonnant que le cardinal Espinosa, agissant comme président du conseil de l’inquisition, ait interdit les représentations de Cisneros. Les plaisants de Madrid prétendirent aussitôt que le bruit des tambourins qui annonçaient le spectacle troublait le sommeil d Espinosa précisément à l'heure où ce prélat faisait la sieste, et que, fatigué de ne pouvoir dormir tant que les crieursde la troupe stationnaient dans la rue, le ministre avait brusquement fait fermer le théâtre 1 . On conçoit que le gouvernement de Philippe II était trop grave pour se laisser guider par des considérations de cet ordre. Il ne faut pas croire davantage, comme l’insinue un écrivain, que ce fut spécialement pour priver don Carlos de ses plaisirs que le cardinal rendit cette ordonnance*. Espinosa n’avait aucun motif de vexer l’héritier de la couronne, et il était trop adroit pour s’aliéner de gaieté de cœur l’esprit d’un prince qui d’un jour à l'autre
1 a Dur Lis sieslas solia llaniar con cl estruendo de un larnboril â la comedia û cuanlus transitaban por la callc en donde tenian asiento las casas moruda de Su Eminencia... En esn liora se daba Espinosa al sueîio.» A. de Caslro, loco cil.
a «Mas cierlo me parece que el cardenal quiso quilar ai piincipe sus diverlimiuilos, leniéndoles por indignos del succsor en la corona de este monarca. » 1(1, ibid.