‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 50 sur 131 · ES PI N OS A ET CISNEROS · texte numérisé non relu

ES PI N OS A ET CISNEROS

il".

pouvait devenir son maître. D'ailleurs l’infant n’était pas le seul qui assistât aux pièces que donnait la troupe de Lope de Rueda, et la mesure prisé par le président du conseil inquisitorial avait évidemment un caractère religieux, comme beaucoup d autres qui avant et après celle-là furent dirigées contre le théâtre. L’infant toutefois, avec cette impétuosité qui caractérisait sa colère, crut sa dignité atteinte en voyant ses plaisirs interrompus. Peu de temps après, il aperçut Espinosa dans une galerie du palais, et courut à lui, la main sur le poignard : « Jusqu’où vous enhardissez-vous, s’écria-t il, d’empêcher Cisneros de me servir? Par la vie de mon père, je vais vous tuer S » Cette scène aussi odieuse que ridicule avait lieu en présence d’un certain nombre de seigneurs qui s’interposèrent et parvinrent à calmer le prince *.

Ce n’était pas la première des tentatives de meurtre reprochées à don Carlos par divers historiens. Il n on est pas moins de six, dont cinq au moins sont incontestables. Les détails en sont trop précis, ils sont affirmés par un trop grand nombre de documents pour qu’on puisse les révoquer en doute. Je n'en dirai pas autant de la tentative antérieure contre don Garcie de Tolède, qui lui est attribuée par Cabrera. Le gouverneur de l'infant aurait failli être tué au bosque d’Aceca par son élève, au moment où il essayait d’apaiser un de ces accès de rage qui trou-

1 « A mi os alreveis vos, no dejando d Cisneros que vengn d servir me? l’or vida de mi padre, que os hc de matar. * — Voy. Lafncnle, XIII, p. 80 et suiv.

8 Ferreras, IX, 544. — Lafuente, XIII, p. 80 et suiv. — A . de Caslro, loco cil. etc.

blaient si subitement la raison de don Carlos : il se serait avec peine échappé des mains du prince, et aurait immédiatement porté sa plainte à Philippe 11 l . Ce fait est possible sans doute, mais il est raconté par un seul historien et il me semble qu’Onorato dans sa lettre aurait fait allusion à une si monstrueuse violence *. D'ailleurs don Carlos a toujours témoigné beaucoup de respect à ses maîtres : sans nier l'exactitude de ce détail, je dois dire que les preuves ne me paraissent pas ici suffisantes pour justifier une affirmation absolue.

Une autre anecdote, racontée en grand détail par beaucoup d'écrivains, mérite plus de créance par cela même qu’elle est très-bizarre et qu’un calomniateur eût cherché quelque récit plus vraisemblable. Ajoutons qu’on y rencontre le nom d’un personnage qui probablement existait encore à l’époque où plusieurs de ces relations furent écrites et qu’on n’eût pas osé désigner ainsi dans des livres lus de toute la cour. Elle est en outre tout à fait en rapport avec les façons d’agir du prince dans son intérieur : on verra plus loin des aventures analogues, rapportées par des témoins oculaires, avec des détails dont on ne saurait discuter l’exactitude. Voici le récit d’un grand nombre d’historiens : On apporta un jour à don Uarlos des bottines qu’il trouva trop étroites; ce fut

1 « Estanilo en el bosqne de Aceca, frenando su acceso don Garcia de Toledo, le quiso ponerlas manos el principe, y huy<5 lia s ta Madrid, donde cl rey Ichizo merced, yquedé mal inclinado contra su hijo. » Cabrera, Vil , p. 479.

2 Ce fait aurait eu lieu, au plus tard, dans le courant de 1504, car don Garcic mourut à la lin de cette année, et la lettre d’Onorato, nous croyons l’avoir démontré plus haut (p. 96), est de 1505.

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