‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 51 sur 131 · DIVERSES ANECDOTES · texte numérisé non relu

DIVERSES ANECDOTES

assez pour qu’il ne se possédât plus. 11 souffleta don Manuel, son majordome, qui les avait commandées, puis secoua violemment la clochette qui appelait les t^enlilshommes de la chambre. Don Alfonso de Cordova, frère du marquis de las Novas, était de service; comme il entrait dans la chambre après avoir un peu tardé à venir, l'infant se jeta sur lui, et voulut le précipiter par la fenêtre dans les fossés du château. Aux cris de don Alfonso, les domestiques accoururent et arrêtèrent le prince. Alors il leur ordonna de couper en morceaux les bottines, de les faire cuire, et il prétendit les faire avaler au cordonnier maladroit *. Ceux qui racontent cette aventure vont jusqu’à dire qu’en réalité le cordonnier fut contraint de les manger*. C’est évidemment une exagération; il est trèsclair que cet ordre ne fut point exécuté, et peut-être ne faudrait-il voir là qu’une plaisanterie d’assez mauvais ton, si la tentative contre don Alfonso ne démontrait que don Carlos, arrivé au paroxysme de la fureur, ne songeait pas à se divertir en grand seigneur aux dépens d’un manant épouvanté. Du reste, il se donnait parfois le plaisir d’effrayer les gens de bas étage lorsqu’il y trouvait son intérêt ; fort souvent réduit aux emprunts, — nous en voyons plusieurs sur ses comptes dont la somme n’est pas

1 Ferreras, ibid. — Cabrera, ibid. — Van den Ilammcn, Felipe el Prudente. — Llorcnle, Ilist. de la inqmaicion, etc.

s a Hizo les comiesse, » dit Van den Hammen. — Ferreras parle de même. — * Obligé â comerlns, » dit Llorentc. — Un écrivain récent, M. A. de Castro, se moque avec raison de ces expressions, mais il n’est pas fondé à repousser toute l’histoire par ce seul fait. 11 me semble, au contraire, que ces derniers details, agréablement imaginés par les mauvaises langues de la cour, démontrent parfaitement l’exactitude du fond du récit.

indiquée — il força un jour, s’il faut en croire une dépêche de l’ambassadeur de Toscane, un marchand nommé Grimaldi à lui prêter soixante mille ducats s .

Il était pénible de le servir, « il maltraitait les employés de sa maison, les accablait de coups ou les voulait jeter par la fenêtre 1 2 * 4 5 , » nous dit un des historiens déjà cités et dont la véracité est prouvée par les enquêtes dont j’ai parlé plus haut. Il résulte des dépositions d’un grand nombre de scs serviteurs qu’il ne fallait pas risquer de rien objecter à ses ordres : « 11 veut être obéi sans réplique*, » disait Forquevaulx ; c’est aussi dans ce sens que parlent les témoins des enquêtes : «On ne pouvait répondre, dit l'un d’eux, sans qu’il s’irritât et ordonnât d’obéir en silence B ; » un autre rappelle «les mauvais traitements 6 » qu’il faisait subir à ceux' de ses gens qui n’avaient pas le bonheur de lui plaire. Mais rien ne fait mieux connaître la violence de l’infant, la versatilité de son esprit et le désordre de ses idées que la curieuse histoire d’Osorio et de Lobon, rapportée dans les enquêtes.

C’était en février 1561; le grand maître de la garde-

1 « A tratar con Yicenzio y Domingo Furniel, ginoveses, que prestasen cierta suma de inaravedis d S. A. » Arch. Sim. Cont. gener., loco cil.

2 Dépêches manusc.de Nobili, ambassadeur de Toscane (24 juillet 1507).

5 « Maltratava d sus criados; d unos queria echar por las ventanas, d otros daba de bofetones. » Van den Iiammen, loco cil.

4 Dépêches manusc. de Forquevaulx (18 juillet 1507).

s «... No se le podia replicar sino quelo que él mandaba sc bacia luego mu rcplica y de otra manera se enladaba. » Déposition d’Osorio dans l'enquéle. Arch. Sim. Cont. gener., I 1 ép., leg. 1050.

6 « Muchos malos Iralnmienlos. » Déposition de Juan Nodar (criado de S. A ). Arch. Sim. Cont. gener., !■ ép., leg. 1118.

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