‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 53 sur 131 · HAINE DE L’INFANT POUR OSOP.IO · texte numérisé non relu

HAINE DE L’INFANT POUR OSOP.IO

sister à ce pillage 1 . Décidé à faire tout au monde pour dégoûter le jeune grand maître de sa charge, pour embrouiller ses comptes, et, sous prétexte de mauvaise gestion, le faire un jour dépouiller de son emploi, il s’en plaignait à tout venant, et déclarait que grande serait sa joie quand il le verrait destitué*. 11 pria même le secrétaire du conseil, Francisco deEraso, de donner à Osorio une place dans les Indes ou la charge d'officier aifx comptes à Malaga, uniquement pour éloigner de sa personne ce serviteur détesté 3 , en dépit du mécon-

*« ..Advirlié a don G. dcTolcdo que para que se supiese la hacienda que cstaba reparlida en los oficiosde su casa parecieseun iibro dondese entendia halilu la claridad de todo ello desdeel licmpo que se puso la casa â S. A., siendo su ayo don Antonio de Rojas, 6 aunque el dicho don Garcia liizo diligencias para hallar el dicho libro. no parecié... y visto que el dicho iibro no parecia, don Garcia y los mayordomos y contralor de S. A. se junlaron eu burco â que se hiciese inventario de toda la hacienda que S. A. lenia, y que hiciese cargo délia al dicho Osorio para que él, como es coslumbre, la enlregased los oliciales de la casa... lo cual sabido.S. A. no quiso ni perrnitiô que se hiciese... y no conlenlo S. A. cou los nialos tralamientosqucû el dicho Osorio hacia, le tomaba las llaves deloscofres, y hacia sacar y daba dellos lo que le parecia, y enviéndole Puera de palacio sin que él lo viese ni entendiesc y no qucrieodo que se hallase présente à ninguna cosa que secostilba. » l'élit ion d' Osorio, déjà citée. — «Diego de Vugas, tapicero mayor de S. A. dicc que vié aigu nas vcccs como S. A. tomé las llaves al dicho Osorio y se encerraba en la guardaropa con quien era servido, é no dejaba entrai' al dicho Osorio en ella, é S. A. abria los cofres é hacia en elles lo que era servido. » — s Déposition (les témoins dans l’enquête, déjà citée.

* «... El doctor Olivarés déclara que sabe que el principe cstaba mal con 0-orio y le deseaba echar de su oficio. » — « Ruy Diaz de Quinlanilla (valet decbambre du roi et barbier du prince) dicc que entendié de S. A. queliolgarâ de que cl dicho Osorio no sirvicra los.dichosoticios y que en él hubiera deniéritos para poder hacermerced dellos en don J. E. de bubon. » — « F. de Molina, ci iado de S. A., dice que segun lo que entendia de S. A. holgarâ de que en Osorio hubiera faltas y deméritos. » Dépositions des témoins, ibid.

s « l’rocurando con F. de Eraso se le diese un olicio en las Indias adonde se fuese é la contaduria de Malaga. » Pétition d'Osorio , déjà citée.

lentement plusieurs fois manifesté par don Garcie de Tolède , auquel Osorio exposait souvent son ennui et ses inquiétudes, il traitait le grand maître de sa garde-robe avec une violence maladroite, dont tout le monde connaissait la cause 1 * * * , et laissait voir enfin trop bien le but de ses manœuvres pour ne pas infirmer aux yeux de tous la sincérité de ses accusations.

Cet étal de choses, si étrange qu’il fût, dura cependant plus de deux années, et ce ne fut qu’en 1565 que Philippe II consentit à céder*. Mais Lobon ne lui inspirait sans doute qu’une médiocre confiance, car, tout en enlevant sa charge à Osorio, qui redevint simplement aynda de càmara comme par le passé, il la divisa en deux fonctions distinctes : celle de grand maître de la garde-robe, qui fut donnée «à Lobon; celle de grand maître des joyaux, qu’il confia à don Diego de Olarte. Le, prince parut satisfait de ce changement obtenu de guerre lasse, après deux années de lutte. Lobon était au comble de la faveur, il était de toutes les parties de plaisir 5 , don Carlos lui avait donné toute son amitié, lui confiait ses secrets et son argent, et nul ne passait

1 Tous les témoins de l’enquête déclarent que, au su de tous, le prince rc conduisait de la sorte pour faire remplacer Osorio par Estebcz de Lobon .

i En 1563, nous trouvons encore la signature d’Osorio comme grand maître de la garde-robe à la fin d’un compte. Arch. Sim. Cont. gêner., lcg. 1053*.

r, <i...Dioâ Lobon lOescudoscn oro que S. A. le mandé dar de unaapuesla

que gané a S. A. de unos arcabuces. » Sdemayo, 1566. Arch. Sim. Cont.

gener., leg. 1110. •

DISGRACE DE LODON.

pour avoir plus de crédit auprès de sa personne'. Mais üsorio devait avoir sa revanche. Avec cette bizarre versatilité qui était un des caractères de son esprit déréglé, 1 infant prit soudain en haine ce même homme qu’il avait si ouvertement protégé, pour lequel il avait pendant deux aus jeté le désordre dans ses affaires et s’était opposé ouvertement à la volonté du roi. La disgrâce de Lobon fut prompte, décisive, irrévocable. S’il avait excité jadis don Carlos contre Osorio, i 1 eu fut 'cruellement puni. Saisissant le prétexte d’un papier qui manquait, l’infant entra dans une de ces colères effrayantes où semblaient se déchaîner tous les délires de sa nature désordonnée-, il se précipita sur le favori de la veille et voulut le jeler par la fenêtre. Il fallut que les gentilshommes de la chambre intervinssent et lui arrachassent des mains le malheureux disgracié. Don Carlos se répandit alors en injures, appela Lobon coquin, voleur, s’écria qu’il avait commis un crime de lèse-majesté, et lui ordonna de quitter à l’instant le palais. Puis, non content de cette scène, il voulut poursuivre sa vengeance , réunit en commission son secrétaire Gaztelu, Martinez de la Cuadra, ayuda de câmara , et le trésorier Colonna, et leur donna ordre d’instruire le procès de Lobon avec la plus excessive sévérité. Luimême, préoccupé des travaux de celte commission, venait voir souvent à la porte de l’appartement si elle s’acquittait assidûment de sa charge, et le secrétaire

* «... S. A. lequeria bien, y dél hncia muclia conliunza, liândole su hacienda y secrelo como honikre de mucho crédito y conlianza. » Déposition de Pedro de Bilbao, j»latero de S. M., dans l'enquête , loco cit.

Gaztelu, fidèle interprète des sentiments de son maître, accusait Lobon avec la plus violente animosité. On ne sait pas si l'instruction révéla quelque infidélité du grand maître de la garde-robe, mais il perdit son emploi, qui fut réuni, comme au temps d’Ortega et d’Osorio, à la charge de grand maître des joyaux, et confié à don Diego de Charte 1 .

Ceci se passait «à la fin de 1506 s . Il y avait trois ans à peine que Lobon avait pris le premier rang dans la faveur du jeune prince. Don Carlos le chassait avec d’autant plus d’empressement qu’il avait désiré davantage son élévation, passant ainsi brusquement de l’alfecliou à la haine, dégoûté sans cause après avoir aimé sans cause, ballotté au gré de caprices invincibles, et manifestant le trouble de son cerveau par des cris de rage et

’ «... Enojû tnuchocon cl dicho J. E. de Lotion por un billetc que le fallu, yen tanta manern; que le quiso eehar por una venlana, y algunos de los cnlialleros de su câmara viû que le detuvieron, y asi S. A. mandé despedir al diclio Lobon y que se fuese â su casa, llamândolc bcllaeo, ladron y que liabia cornet ido crimen legis mujistatis [sic), y con niucha ira y enojo inandd que los diclios Cuadra y Colonna le tomnsen cueuta de todo lo.que era à su cargo... procuraba por todas vias que se le lomase la dichn cueuta con todo rigor y en presencia dcl secrelario Gaztelu y de los ueinas criados de su câmara... y aun S. A. Il ego y viii Ilegarcstc lestigo â la puerla del aposenlo â ver lo que se baria... y S. A. gustaba mucho que los conladores apretasen al diebo Lobon en la cucnla... y el dicho se- * cretario Gaztelu se mostraba a pasionado contra el diebo Lobon... se enojû y disgustô S. A. con el diebo Lobon de tal mariera que no lo pudo ver y le despidié diciendo que no queria que lo sirviese, y ledijo muchas palabras, feras con ira y enojo. » Dépositions d'Osorio, d'Fspiuosa, Laquez, Pedro de Bilbao dans la deuxième enquête, 1583. Arcli. Sim. Cont. gener. f * ép., leg. 105U.

3 « Ano y medio, poco mas 6 menos, antes que S. A. falleciesc. » Don Carlos étant mort en juillet 1568, ces faits eurent donc lieu à la lin de 1566 ou, au plus lard, au commencement de 1567.

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