‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 60 sur 131 · NOUVEAU PLAN DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

NOUVEAU PLAN DE PHILIPPE II

la pensée de réduire un jour l’Angleterre sous le double joug de son gouvernement et de sa foi, il n’avait pas cessé de chercher dans les combinaisons de la diplomatie un moyen de rentrer en maître dans cette île d’où il était sorti exécré. J’ai raconté ses vaines tentatives pour épouser Élisabeth; il se vit repoussé et ne le pardonna pas à la tille de Henri VIH. Un adroit manège politique ou la conquête pouvaient seuls lui permettre de dominer à Londres : or l’heure de la violence n’était pas venue, et il était loin de songer à diriger vers la Manche ses arme rdas redoutables. Mais il épiait les occasions diplomatiques avec une attentive perspicacité. Il lui sembla soudain qu'il s’en présentait une, et il s’empressa de la saisir, bien qu’il jugeât au moins difficile de vaincre des difficultés si nombreuses et si redoutables. Il garda toutefois ses manœuvres secrètes, afin de conserver sa situation vis-àvis de l’Empire et de ne rien perdre à Vienne s’il ne pouvait réussir ailleurs. François II de France était mort depuis deux années, et sa veuve Marie Stuart était retournée en Ecosse, où elle régnait. En même temps Elisabeth semblait de plus en plus éloignée du mariage, et la succession au trône d’Angleterre devait revenir à Marie Stuart si elle survivait à sa cousine. Ses enfants au moins auraient un droit incontestable à la couronne. Philippe imagina donc de marier, don Carlos à la jeune reine d’Écosse. Cette combinaison, outre ses avantages éventuels, donnait au roi d’Espagne la satisfaction de traverser le projet de Catherine de Médicis, qui rêvait de faire épouser un jour Marie Stuart à Charles IX quand ce dernier serait en âge. Philippe étudiait donc avec sollicitude

un plan qui d’abord mettait en échec la politique française, et ensuite pouvait ajouter la couronne d’Écosse et peut-être celle d’Angleterre à celles de sa maison, enfin, dans le cas d'un succès complet, imposait les principes du gouvernement espagnol à cette île superbe qui les repoussait avec tant d’énergie, de persistance et de dédain.

Le comte de Luna avait pénétré ce désir, et il écrit dès le 19 janvier 1562 ce paragraphe curieux où apparaît dans tout son jour la formidable ambition du cabinet de Madrid. On y voit percer non-seulement le désir d’ajouter l'Ecosse et l’Angleterre aux royaumes de Philippe 11, mais encore celui de se créer en France une influence dont on pourrait se flatter d’user un jour pour des desseins plus grands encore : « Puisque le prince, dit le comte de Luna, ne doit pas se marier devant que sa sanlé soit pleinement rétablie, il ne me parait pas qu’il faille s’engager nulle part. D’un moment à l’autre il se peut offrir quelque chose qui convienne mieux à Votre Majesté et à l’augmentation de sa puissance, car c’est là surtout ce qui doit toucher un roi si grand et si proche de la monarchie universelle. Je parle ainsi parce qu’on lient pour certain que la reine d’Angleterre, fût-elle mariée, ne peut avoir d’enfants, qu elle a peu de santé et qu’à son défaut la reine d’Ecosse succéderait à sa couronne. Ceci mérite d’être considéré. En outre les Guises, oncles de la reine d’Ecosse, sont les chefs du parti catholique en France : ils sont liais de Vendôme, qui est aujourd’hui en possession du gouver nement et qui mène

1 La tour d’Espagne affectait de nommer ainsi Antoine de Bourbon, roi de Navarre.

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les choses de telle sorte que les affaires de ce royaume ne peuvent manquer d aller à la dérive » Il est clair par ces derniers mots qu’au moyen des Guises, oncles de Marie Stuart, on espérait, une fois Marie Stuart entrée par son mariage dans le cercle de la politique espagnole, dominer complètement le cabinet du Louvre et le soumettre aux inspirations de Philippe II. Plan gigantesque dont le roi d'Espagne fut un moment ébloui.

L’Empereur, qui n’avait pas connaissance de cette trame mystérieuse, prit pour bonne et valable l’excuse que lui avait donnée Philippe II : « Il est demeuré trèssatisfait, écrit le comte de Luna, et m’a dit ne pouvoir qu’approuver la pnidence de Votre Majesté 2 . » Philippe demeura donc libre d’agir du coté de l’Ecosse. L’évêque Quadra, son ambassadeur en Angleterre, homme actif et habile, fut prévenu de scs intentions, et au commencement de 1503 nous le trouvons en relations suivies avec

1 « ... Pues et principe no îc lia de casar hasla que esté muy bueno y recio, parecc que no liay para que S. M. se prende... pues de una liora â olra se podri'i ofreccr cosa que fue^c mas â propôsito de los Estados de V. M. y de la grandezn de su sucesion con que principalnienle se ha de lener cucnta, cspeeinlmenle un rey tan grande como V. M. y que lan pr<5j i mo esta â la monarquia de el mundo... he querido decir esto porque se lieue por cosa cierla que la reyna de Inglaterra no puede luber liijos y que liene poca salud y que en su defecto la de Escocia es sucesora de aquel reyno, que si aquesto fuese no séria de dejar de mirar en elle y tambien en que los de Guisa, sus tios, son los nias catélicos que hay eu Francia, y son aborrecidos de Vendoma en cuva mano esta agora el gobierno, el cual le llcva por un camino de que no se puede esperar menos de que las cosas de aquel reyno han de dar al través. n Dépêche du comte de Luna, 19 janvier 1502, déjà citée.

4 «... S. M. quedû muy satisfecho y me dijo que le parccie muy buena rcspiiesla y que V. M. lohacij muy prudcnlcmentc. » Dépêche du comte de l.una, Prague, 30 mars 1502. Arcli. Sim. Est., leg. 051.

le secrétaire de Marie Stuart, Ledington, alors à Londres. La négociation était extrêmement délicate à plusieurs points de vue. D’abord il fallait qu’ Elisabeth n’en eût aucun soupçon, car ce mariage, hostile à sa politique et préparé en vue de sa succession, devait nécessairement être considéré par elle comme une offense. La cour de France, qui rêvait l’alliance de Charles IX et de Marie Stuart, ne pouvait manquer de s’y opposer avec énergie. L’Empereur vint également se jeter très-innocemment à la traverse en proposant à la reine d'Ecosse son fils l’archiduc Charles. Enfin on ne pouvait se dissimuler que même à Edimbourg le cabinet de Madrid rencontrerait de nombreux adversaires parmi ceux qui entouraient la jeune reine, partisans de Murray, ou protestants passionnés. MaisQuadra, qui voyait bien à travers combien d’écueils il manœuvrait, ne s’avançait qu’avec circonspection, et méritait la confiance de son maître.

En juin 1563, les choses parurent au cabinet de Madrid assez bien préparées pour que le roi, jusqu’alors indécis en apparence, se décidât à envoyer son adhésion formelle à son ambassadeur : « J’ai appris, lui écrit-il, l’entretien que vous avez eu avec Ledington; ce qu’il vous a dit du mariage de la reine d’Ecosse avec le prince mon fils, et la manière dont vous avez répondu. J’ai été satisfait de votre prudence, et comme je vois que ce mariage pourra porter remède aux affaires religieuses de l’Angleterre, j'ai résolu d'en poursuivre la négociation 1 . »

1 « lié entendido la larga plûtica que pasastes cou Lcdinglon, y lo que 61 os dijo sobre el casamiento de la reyna de Escocia con el principe mi liijo, y de la mancra que le respondistes y os Imbistes con 61, de lo

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