VOYAGE DE LUIS DE PAZ
L’agent de Quadra se nommait Luiz de Paz : il était parti au commencement de juillet, sous le spécieux prétexte d’aller rechercher soit en Irlande, soit en Ecosse, soit dans le nord de l'Angleterre, des pirates qui s'étaient très-réellement emparés d’un navire espagnol faisant route des Indes au cap Saint-Vincent. Il emportait avec lui une lettre de la chancellerie anglaise adressée aux fonctionnaires du nord et de l’Irlande et qui leur enjoignait de l’aider dans ses recherches. Il gagna directement Chester, à l’embouchure de la Dec, sur la mer d’Irlande, et là il s’aboucha avec un certain Bal, agent du roi d'Espagne pour le commerce et les intérêts des nationaux qui naviguaient dans ces parages; il se borna à lui dire la cause apparente de son voyage, en ajoutant qu’il voulait envoyer, pour cet objet, un courrier au comte de Sussex, vice-roi d’Irlande, tandis que lui-même allait partir pour l’Ecosse, où il espérait trouver les pirates. Bal se mit aussitôt à sa disposition, offrit de se rendre auprès du comte de Sussex, et tous deux passèrent en Irlande. Bal y resta, chargé de la lettre pour le vice-roi, et donna ordre aux mariniers qui les avaient amenés de conduire LuisdePaz en Ecosse. A peine arrive, ce dernier se mit en route pour joindre Marie Stuart. Il fut reçu par Ledington en présence de plusieurs personnes, lui remit ostensiblement la lettre de Quadra relative aüx pirates, mais lui glissa en même temps dans la main, sans être aperçu, une note secrète concernant le mariage de la reine. Ledington en parla bientôt après à
pah» que os enviasen alü persona conlidentC con quién pmliésedes comunicur lo que os esctibimos de la plat ica de! casnmienlo. » Lettre de Philippe II à Quadra, 15 août 1503, tbtd
Marie Stuart, et dans un conseil composé de la reine, de lord James son frère naturel l Il , et de lui-même, il fut décidé que pour ne laisser soupçonner à personne la véritable cause du voyage de Luis de Paz, Marie le recevrait publiquement en audience et accueillerait sa demande pour le châtiment des pirates. Elle sortit alors, accompagnée comme elle l’était ordinairement dans scs promenades, et Luis de Paz lui fut présenté devant la cour. Puis il exposa à haute voix la raison officielle de sa venue en Écosse. La reine, après l’avoir écoulé, fit écarter un peu, sans affectation, ceux qui l'entouraient; et l'agent espagnol lui dit alors que l’ambassadeur l’envoyait pour lui faire connaître les bonnes dispositions de son maître au sujet du mariage, que Quadra, redoutant d’écrire dans une telle négociation, priait la reine de lui envoyer une personne instruite des affaires du royaume et bien avant dans sa confiance, avec laquelle on pût traiter sérieusement la question. Il termina en recommandant spécialement le secret nécessaire à l’heureux succès d'une affaire si grave.
La reine, le comte de Murray et Ledington se réunirent alors de nouveau pour délibérer sur cette demande. Il semblait naturel d’envoyer Ledington qui avait entamé l’affaire, mais on craignait que ce voyage ne fût suspect à Londres en un moment où il n’avait aucun motif plausible pour se présenter à la cour d’Elisabeth.
1 James, conilc tic Murray, fils naturel du roi Jacques V cl de Marguerite Erskinc, né en 1531. On connaît res intrigues contre sa sœur Marie, la part qu’il prit à son emprisonnement au château de Loclilevcn.
Il fui peu après revêtu du titre de régeut, niais il péril assassiné à L’uilitbgow par J. Uamillon, en janvier 1509.