LETTRE DE PHILIPPE II AU DUC D’ALBE
l’Empereur, déçus dans leurs espérances. Ce plan tentait son ambition en même temps qu'il alarmait sa prudence, et il se trouvait en présence de succès problématiques et de dangers certains. Inquiet, indécis, il songea à demander conseil au plus illustre homme d’Etat de l’Espagne, le duc il’ Al lie, et, quelques jours après avoir reçu la nouvelle de la mort de Quadra, il lui écrivit : « Martin de Guzman est arrivé avec des lettres que vous verrez, et il me presse de déclarer ma résolution au sujet du mariage du prince mon fils avec la fille aînée du roi des Romains. Le roi de France et sa mère désirent vivement obtenir cette princesse *, et d autre part les instances de l’ambassadeur sont si fortes que je ne sais comment différer davantage : l’Empereur me prie en outre de favoriser l’union de l’archiduc Charles, son fils, avec la reine d’Écosse. En même temps est arrivé ici un secrétaire de l’évêque Quadra, lequel est mort le 24 août, il m’a entretenu du mariage d’Ecosse dont les négociât ions sont commencées. Au milieu de ces difficultés, je vous prie de me dire ce qu’il vous semble opportun de décider, quelle marche je dois suivre si je me détermine à poursuivre le projet de mariage du prince avec la reine d’Ecosse, quels préparatifs il faudra faire, quelles ressources mettre en œuvre pour en venir à conclure et surtout pour obvier aux éventualités qui pourront s’ensuivre. Considérez tout cela avec votre prudence accoutumée, afin que je puisse me résoudre en
' On voit que Catherine, aussi bien que Philippe II, poursuivait à In lois deux mariages; elle nppuyait en même temps ostensiblement l’archiduc à Edimbourg. La lettre du duc d’Albe expliquera cc dernier détail.
toute connaissance tic cause 1 . » On le voit par cette lettre, Philippe est un peu effrayé des complications dont l'alliance écossaise pourrait être la cause, et il ne s’en dissimule aucun des périls. 11 est surtout vivement troublé parla double prétention de Catherine, qui intriguait également à Edimbourg et à Vienne pour faire obtenir à son tilssoit Marie Stuart, soit la princesse Anne de Bohème. L’un et l’autre de ces projets caressés par la régente déplaisaient à Philippe 11, et il n’osait, de son côté, rien décider, redoutant, s’il choisissait l’Ecosse, outre les difficultés incalculables de l’avenir, de voir Charles IX épouser la princesse Anne, et, s’il choisissait l’Empire, de livrer à une puissance rivale les grands avantages que lui-même se pouvait promettre d’une alliance avec Marie Stuart. Un troisième parti lui restait à prendre, il est vrai, et il le met sous les yeux du duc
1 « ... Ha llegado Martin de Guzman con unas carias y copias que vertus. y trac cargo de liacer muy grande inslancia sobre que me resuelva y déclaré en lu del casamiento del principe mi hijo con la bija mayor del rcy de Romanos, porque el rey de Francia y su madré le hacen grande inslancia por ella... no sé como se podrâ mas dilatar... y asi mismo me pide S. M. le favorezea para lo del archiduque Carlos con la reyna de Escocia... demas desto lia venido aqui un secretario delobispo Quadra, el cual fnllecin ;i los de xxiv de agosto, asi para los negocios de Inglaterra como para lo de Escocia que se liabia comenzado... os encargo muclio que con este me aviscis de loque os parece que se debe liacer, y camino que se debe llevar para en caso que yo me détermine en mandar proseguir la plâtica del casamiento del principe mi hijo con la de Escocia... y las diligoncias y provenciones que convenra hacersc para venir a la conclusion y electuacion del negocio, y para prévenir y proveer â lo que dello sa ha de seguir... considerûndolo todo... con vuestra gran prudencia... para que yo con mas claridad y considcracion me puede resol ver en ello. » Lettre de Philippe II au duc d’Alhe. Monzon, 12 octobre 1565. Arch. Sim. Est., leg. 145.