RÉPONSE DU DUC D’ALBE
d’Albe : favoriser les prétentions de l’archiduc, prince de sa maison, et réserver la princesse de Bohème à don Carlos. Mais il sait, d’après les dépêches de ses agents, que l’archiduc a peu de chances, qu’il est repoussé par l’Angleterre aussi bien que par les conseillers de la reine d'Ecosse, et qu’il est dangereux pour un souverain de compromettre son crédit en vue d’avantages médiocres ou négatifs, pour une cause condamnée par tous les hommes compétents. On ne pouvait deviner que Marie Stuart, dédaignant tant de grands princes, choisirait Darnley pour époux. Il paraissait au moins vraisemblable que, repoussée par l'Espagne et refusant elle-même l’archiduc, elle se déciderait à une alliance française. Philippe verrait alors triompher la combinaison la plus odieuse à sa politique, et, après s’être associé aux prétentions de l’Empire, subirait une humiliation ajoutée à un échcc.^
Le duc d’Albe, on le voit par sa réponse, considère spécialement trois choses : d’abord, peut-on marier l’infant? n’est-il pas trop jeune? son tempérament est-il formé ? ne doit-on pas grandement tenir compte de ses aptitudes physiques qui sont d’une si haute importance pour les avantages qu’on se promet d'un mariage avec la reine d’Kcosse 1 ? On voit ici reparaître les incertitudes dont nous avons parlé plus haut. En second lieu, il faut bien reconnaître que l’affaire entamée avec le cabinet d’Edimbourg sera la source d’innombrables « inconvé-
1 * ... A la edad, la pcrsona y la habilidad del principe nneslro seùor se dcbe tener gran respeto para el f’ruto que deste negocio se piensa sacar. » I.ellrc du duc d’Albe à Philippe II, ‘21 octobre 1563, ibid.
nients, travaux et périls; » que Philippe II aura contre lui « l’Angleterre, la France, et peut-être l’Empereur » Enfin la princesse Anne est d’une illustre race, parfaitement élevée : nulle épouse ne saurait être plus convenable pour le prince d’Espagne. On ne peut craindre de s’avancer en si bonne voie *. »
Le duc d’Albe ne se le dissimule pas cependant : le but •le la reine de France est de faire épouser un jour Marie Stuart à Charles IX, afin d’assurer à ce dernier un droit éventuel à la couronne d’Angleterre; si Catherine semble favoriser aujourd’hui le désir de l'archiduc, si elle a l’air de vouloir faire épouser son fils à la princesse Anne, c’est que d’abord elle ne redoute pas le prince allemand, ensuite qu’elle prétend de la sorte complaire à l'Empereur sans rien compromeltre ; enfin, que le roi de France ne se pouvant marier avant deux années, la lenteur même des négociations est utile à ses desseins. Il lui est avantageux de s’opposer à un mariage immédiat avec don Carlos, et de tenir libre Marie Stuart en appuyant une proposition peu redoutable, jusqu’à ce que Charles IX soit en âge 3 . Le duc croit donc opportun de déjouer ce plan,
' • ... Inconvcnientes, trabajos, pcligros, no se puedan en ninguna mancra del mundo excusnr en este negocio, porque Y. 51. tendra eontra si d Francia y â Inglaterra, y podria ser que al Emperador. » Ibid.
- « ... Siendo liija de quien es y criada en lo que la senor.t reyna de Itomnnos la habia criada, V. 51. dard â S. A. mnger que en ningun liempo podrà decir que no se la hay dado nuiy convenicnlc. » Ibid.
5 « ... Se entiende de la intencion con que la reyna de Francia camina.. . por asigurarla (5Inrie Sluart) para volverla d casar con el rcy su liijo para terer derecho d la corona de Inglaterra... quiere estorhar el casamienlo del principe nuestro senor con la reyna de Escocia y tenerla libre liasta que su liijo sea de edad. » Ibid.