RÉPONSE DU DUC D’ALBE
d’ouvrir les yeux à I Empereur en démasquant la reine de France, de faire comprendre à la cour dé Vienne dans quel but Catherine paraît soutenir l’archiduc 1 . En résumé, ne point poursuivre le mariage écossais comme trop périlleux^ s’avancer sans crainte vis-à-vis de l’Empereur, dont la petite-fille est un excellent parti pour le prince, se garder de blesser le cabinet de Vienne en continuant à Edimbourg des négociations qui lui seraient très-sensibles si jamais, ce qui semble inévitable, il venait à les apprendre *, déranger le jeu de Catherine de Médicis en dévoilant ses ruses, telle est, pour l’instant, — car il se faut toujours réserver les chances de l’avenir, — la politique qui paraît sage au duc d’Albe, tel est le sens général de sa dépêche longue, diffuse, obscure comme les intrigues elles-mêmes au milieu desquelles s'agitait péniblement la diplomatie tortueuse du cabinet de Madrid.
Il est vraisemblable que Philippe 11, d’après ces conseils, prit dès lors une résolution contraire au . mariage écossais; mais il ne jugea pas à propos d’en rien faire connaître encore. Il s’occupa d’abord d’un remaniement des ambassadeurs dans les trois couis de Londres, de Paris et de Vienne. La mort de Quadra amena un mouvement dans le corps diplomatique : le frère du cardinal Granvelle, le comte Chantoney, ambassadeur à Paris,
1 « Endcrczando no â haccr los casamienlos de sus hijos con sus uielas ni del nrcltiduque con la de Escocia, sinoé eslorbar que cl principe nuestro seîior case con eiln. » Ibid.
- « Como no puede dejar «le saber que se Irata lo de Escocia, sera darlc grande ocasion de queja y agravio. » Ibid.
lut nommé à Vienne 1 : don Fiancés d’Alava, homme soupçonneux, irascible, intrigant, fut choisi à dessein pour épier habilement les moindres actes du cabinet du Louvre, l'effrayer par ses violences et le fatiguer par ses manœuvres *. Don Diego Guzman de Silva fut envoyé à Londres.
Ce nouvel ambassadeur trouva le gouvernement anglais extrêmement préoccupé des négociations de Philippe II avec l'Ecosse : le secret avait transpiré, et jusqu'au milieu des fêles de la cour, don Diego sentait percer l’inquiétude. Mais, tandis qu’il s’attendait à se voir accueilli avec une certaine froideur, l'attitude extraordinairement gracieuse de la reine le surprit. Elisabeth l'accabla de prévenances, l’entretint durant une longue entrevue des plus intimes détails de sa vie passée, l’emmena au théâtre dans sa loge, fit jouer l'air de la Bataille de Parie , particulièrement cher aux oreilles espagnoles, affirma que nulle musique ne lui plaisait da-
1 Le comte Chanloney, fils île Pcrrcnot de Granvelle, chancelier de Charles-Quint el frère du célèbre cardinal Granvelle, gouverneur des Pays-Bas. Il remplit plusieurs fonctions diplomatiques sous Philippe II, à Paris et à Vienne. Catherine de Médicis, dans sa correspondance inédite avec son ambassadeur en Espagne, accuse cet homme d’État de s’être vanté, en 1570, d'avoir empêché pendant quatre ou cinq ans le mariage de Charles IX avec la princesse Anne, dans l’espoir de faire épouser cette même princesse à Philippe II, si la reine Elisabeth venait à mourir. Les lettres de Chantoney à Philippe II démontrent que c’était là une calomnie. Il mourut dans scs propriétés de Franche-Comté, en 1571.
s Don Francés d’Alava demeura à Paris comme ambassadeur jusqu’à la fin de 1571, malgré les nombreuses plaintes de Charles IX et de sa mère, qui finirent cependant par obtenir son rappel. (Vov. sur cet homme d’État, dans mon livre intitulé : Grands seigneurs et grandes daines du temps passi', le travail sur la correspondance inédite de Forquevaulx.