‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 69 sur 131 · ÉLISABETH D’ANGLETERRE ET L'AMBASSADEUR ESPAGNOL · texte numérisé non relu

ÉLISABETH D’ANGLETERRE ET L'AMBASSADEUR ESPAGNOL

vantage', et comme l’ambassadeur, peu familiarisé avec la langue anglaise, ne comprenait pas grand’chose aux pièces qu'on jouait devant lui, elle prit la peine de lui servir d’inlerprète, et cela avec une complaisance inaccoutumée *.

Puis tout à coup, saisissant une rcllexion de don Diego sur les mariages qui terminent d’ordinaire les comédies, elle lui demanda des nouvelles du prince d’Espagne : l’ambassadeur ayant répondu que Son Altesse avait grandi, elle ajouta, après un instant de réflexion et non sans une nuance de mélancolie fort bien jouée : « Enfin . . .

tous me dédaignent... j’ai appris qu il est question de

marier l’infant à la reine d’Ecosse. » L’ambassadeur, qui n’avait pas d’instructions relatives à cette ouverture aussi bizarre qu’inattendue, se contenta de répondre que le prince avait été trop longtemps malade de la fièvre quarte pour qu’on ait jamais pu même songer à négocier aucun mariage, et qu’il ne fallait pas honorer de la moindre attention les bavardages dès cours. — « 11 est vrai, dit alors la reine, qui suivait son idée, et je le sais par moi-même. Ne disait-on pas à Londres, il y a quelques jours, que le roi d’Espagne vous avait envoyé pour traiter de mon mariage avec le prince son fils* ? » Don Diego ne

1 a Hizo tafier â sus musicos la liatalla de Pavia, alirmândome que era la inüsica que oia con mas guslo. # Dépêche de don Diego de Gusman à Philippe II, -10 juillet 1564. Arcli. Sim. Est., leg. 817.

* « De que yo entendiera poco si la reyna no fuera cl interprète. » . #

Ibid-

s « ... Y como en estas comedias se trata las mas veces de casamiento, lornôine â preguntar en lopasado de V. M., y si cl principe habia rrccido. Yo le dijé que si, y estuvo pensando un poco, y dijo : « En (in...

releva pas cette insinuation, que la reine avait placée dans le dialogue comme un lieu commun de conversation, mais non pas sans l’avoir fait précéder ingénieusement de ce mot que j’ai cité : « Enfin, tous me dédaignent, » qui lui donnait tout son prix. Elle savait qu’il en est des paroles comme des chiffres, et que leur place détermine leur valeur. Don Diego, qui le comprit, ne manqua pas d’en informer scrupuleusement sa cour.

Mais Philippe ne fut pas dupe de ces avances : il aperçut à merveille, en dépit de ces discours, que la reine d’Angleterre ne songeait pas le moins du monde à épouser don Carlos, mais voulait seulement offrir un appât à son ambition, afin de détourner ses idées du mariage écossais. 11 ne lui donna donc pas la satisfaction de croire qu'il daignât même songer à elle : ce qui le frappa seulement, ce fut la révélation du secret de ses négociations avec Marie Stuart. Il pensa qu’Élisaheth ne manquerait pas d’en avertir l’Empereur, et qu’il était temps de prendre officiellement un parti. Aussi «à peine eut-il reçu la lettre de don Diego qu’il se hâta d’y répondre. Il suivait définitivement le conseil du duc d’Albe, repoussait l’idée du mariage écossais, au fond comme

« loilos me dcsdeïïan. Eritiendo que se ha tralado de casarle con la de « Escocia. » Res|iondile : « No lo créa V. H. porque S. A. ha eslado estos < a nos pasados tan indispuesto y con tantas cuarlanas y otros tnalos, que » no ha podido de razon tratarse de su casamiento, aunque agora tiene « salud, y las pentes Iratan destas cosas como les parece, que no es

« nue.vo, cslan sujelos los grandes principes â los dichos de todos. — Es

« eso tan verdad, dijo la reyna, que no ha muchos dias que se decia en <i Londres que el rcy enviaba un embajador â tralar para cl principe

« casamiento conmigo. » Dépêche de don Diego de Silva à Philippe II>

ibid.

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