MAXIMILIEN INSISTE AUPRÈS DE PHILIPPE II
qu’elle était sérieusement recherchée parle roi de France, que les électeurs et les princes de l’Empire, favorables à cette union, le sollicitaient d'y consentir 1 * 3 . Lui-même, ajouta-t-il, appréciait assurément les motifs qui obligeaient le roi d'Espagne, inquiet de la santé de son fils, à retarder ce mariage : il était loin d’ètre disposé à une alliance française, et il avait même naguère laissé l’ambassadeur de Charles IX quitter Vienne à propos d’une question de préséance, où il ne lui avait pas voulu donner l’avantage*, mais enfin il n’entendait. point que sa fille perdit les chances d’un établissement honorable en France, et s’il fallait attendre le rétablissement du prince d’Espagne, du moins prétendait-il être sûr, dès à présent, que le mariage aurait lieu dès que l’infant serait guéri \ » Ce discours embarrassa beaucoup Chantoney, qui avait ordre de gagner du temps : j’expliquerai plus loin dans quel but ; on a déjà vü d’ailleurs quel était l’état physique de don Carlos : Philippe espérait toujours que les efforts des médecins triompheraient de ce tempérament débile, et comme il ne voulait pas laisser connaître à l’Empereur le défaut constitutif de son fils, il en était réduit à chercher tous les moyens, vraisemblables ou non, de traîner en longueur sans décourager Maximilien.
Chantoney, à bout de ressources, après avoir protesté de
1 « Haciéndome muy largo iliscurso de las inslancias que le han sido
lierhas, no solamente por el rcy de Francia, pero por los eleelores rnisînos y principes del Irriperio para que la diese â aquel rey, y cada dia le solicitaban los dichos eleelores. » Ibid.
3 «... Porqnc no se le habia querido deelarar h prcccdencin en su f avor en esta corlc. » Ibid.
' « Esperar hasta que el principe de Espaiïa hiviesc mas salud no le
l’affection sincère que ressentait Philippe H pour Maximilien et sa famille, entra soudainement clans un nouvel ordre d'idées, autant pour affaiblir, en les divisant, les préoccupations de l’ Empereur, que pour insinuer un plan cher à la diplomatie espagnole, et lui proposa l’entremise de son souverain à Lisbonne pour un mariage entre la seconde fdle de Maximilien et le jeune roi de Portugal 1 .
Cette ouverture fut trcs-froidemcnt reçue par Maximilien. Vainement Chantoney essaya-t-il de lui démontrer les grands avantages d’un mariage portugais, vainement il vanta l’influence souveraine que les deux maisons d’Autriche, allemande et espagnole, réunies il la maison de Portugal, exerceraient sur la chrétienté tout entière*; l’Empereur avait un autre plan, l’union de don Carlos
pcsarin, mas qucria ser asegurado destc agora para enlônces... no era justo por cosa incierla haccrle (à la princesa) perdcr su colocacion. » Ibid.
1 « ... Prelcndia allegarla la hermana, y tralar de casarla con cl rey de Portugal. » Ibid. — Quelques années plus tard, comme nous l’expose très-longuement la correspondance de l’ambassadeur français, il fut question de marier Marguerite de Valois avec le roi de Portugal. La politique française eut encore là un échec à subir, en dépit des protestations de Philippe 11, qui assurait sans cesse Catherine de son bon vouloir et de ses efforts. On voit combien peu ces paroles étaient sincères. Le roi d’Espagne alors caressait encore l’espérance de voir la seconde princesse de liohéme épouser le roi de Portugal, et Charles IX, à qui cette princesse était destinée, perdre à la fois les deux tilles de l’Empereur. (Voy. pour tous les détails de celte dernière négociation : Un ambassadeur français à la cour de Philippe II, dans mon livre intitulé : Grands seigneurs et grandes dames du temps passé.)
4 « ... Exhortândole a que mirase que la casa de V. M., la suya y la de Portugal, por el mucho deudo que habiu entretins, debinn tenerse por una, y procurai- de eslar y eslrccharse mas nun de toda la christinndad. » Dépêche de Chantoney, 51 mars 1505, déjà citée.