INFLEXIBILITÉ DE PHILIPPE IL
blisscmcnt du redoutable tribunal dans les Pays-Bas était la conséquence logique des principes reconnus à Madrid et dont on préparait sous main chez eux lavénc* ment définitif. Ils aperçurent, suspendue au-dessus de leur tète, la menace d'une centralisation redoutable qui absorberait en soi les libertés et les consciences, et résolurent d’arrêter, s’il était possible, par des plaintes respectueuses, la marche du cabinet espagnol. Mais il était trop tard; le plan de Philippe II avait déjà acquis dans la pensée du gouvernement une force et une autorité aussi absolues que si l’asservissement des Pays-Bas était un fait accompli; le roi ne put se résoudre à abandonner l’œuvre qu’il considérait comme achevée, et manisfe^ta dès lors une ténacité inébranlable» Scs conseillers, fidèles échos de scs paroles, ne cachaient pas la détermination de leur maître ; le roi d’Espagne entend, disait Buy Gomez à l’ambassadeur de France, « parler et procéder dans les Flandres en leur seigneur souverain et naturel comme il l’est » (on sait quelle était la portée de ces termes), « car plustôt que Sa Majesté l’endure autrement, il veult demeurer sans Estais et sans vie 1 . » On voit par ees expressions combien le roi était inflexible; il bâta toutes les mesures qu'il comptait prendre dans l'avenir, comme précaution et comme châtiment. Les Pays-Bas, qui avaient- cru au contraire les détourner par leur attitude, étaient déçus dans leurs espérances; il leur fallait adopter sur-lechamp les suprêmes résolutions qu’ils avaient longtemps
1 DéjiÉclies manuscr. de Forquevaulx, 5 décembre tù66.
espéré éviter. L’orage était pioche : on sait comme il éclata.
Les Flamands hésitèrent longtemps toutefois avant a en venir à cette extrémité. Des cdits formels avaient Lien été portés contre les hérétiques, mais ces cdits n’étaient pas exécutés dans toute leur rigueur. La politique espagnole tantôt avançait et tantôt reculait, s'efforçant de gagner du terrain en chaque circonstance, augmentant le nombre des soldats espagnols dans les Pays-Bas et prétendant multiplier les évêchés. D’autre part, la duchesse de Parme, régente, qui sentait bien les périls de la situation, donnait l’ordre de procéder avec moins de rigueur contre les hérétiques, envoyait à Madrid faire des remontrances respectueuses, et n’obéissait qu’à demi aux ordres rigoureux qu’elle recevait de l’Eseurial. C'est pourquoi, tandis que Philippe 11 lui écrivait que les Flamands auraient bientôt le salaire de leurs perfidies, et qu'ils seraient châtiés de façon « à faire tinter les oreilles de la chrétienté, dùt-il mettre en danger tout le reste de ses États 1 ,» tandis que le comte Louis, frère du prince d’Orange, insistait pour une insurrection immédiate, Guillaume de Nassau lui-même, envisageant les choses d’un regard plus ferme, décidé à ne point fournir de prétexte à des violences qu’il prévoyait inévitables, et que la modération des opprimés devait rendre plus odieuses, inclinait vers des résolutions prudentes et, appuyé par le comte d’Eginont, se bornait
1 Brandi, Hist. de In reformai ion dans les Pays-Bas, p. 210. — Rudanus, p. 3. — Metcren, Hist. des Pays-Bas. A-nsterdam, 1597,in-fol., liv. II.