CORRESPONDANCE ENTRE PHILIPPE II ET ONORATO
n’est chose qui'me put causer plus de joie'. » Onorato reçut alors diverses gratifications et se trouvait en 1 558 posséder, outre ses appointements, une pension de deux mille ducats sur les évêchés de Léon et de Tarragone*. il l’avait demandée en février par l’entremise du comte de Mélito et du marquis de Cortès 1 * 3 : en octobre de la même année, il remerciait le roi, qui, malgré son économie ordinaire, ne marchanda point la récompense due à des services dont 11 connaissait le prix. Bien que nous n’ayons pas les lettres de Philippe à Onorato de 1557 et de 1558, il est hors de doute que plusieurs aient été écrites et que le prince d’Espagne, devenu roi par l’abdication de son père, ne cessa point de prendre aux études de don Carlos le même intérêt que par le passé. Onorato, don Garcie de Tolède et l’aumônier Osorio entretenaient souvent du jeune prince soit Philippe II, alors à Bruxelles, soit le vieil Empereur enfermé au monastère de Yuste.
Jusqu’en 1558, les lettres de don Garcie et d’Onorato Juan à Charles-Quint et à Philippe expriment en général une certaine satisfaction. Nous n’avons qu’un très-petit nombre de ces dépêches, mais par celles de l’Empereur et du roi que nous avons citées plus haut il est aisé de
1 « Holgué con clin (caria) por las nuevas que me dais de los estudios de) principe mi liijo, que no avia cosn que me pudicrc dar mavor contenlamienlo. » Letlre de Philippe à Onoralo. Bruxelles, 2 mai 1500 (citée par Kirclicr, loco rit.).
4 « A cumplimiento de 2000 ducndos cou los setccientos que antes V. M. me habia senalado sobre Leon. » Letlre d’Onorak» à S. M. Valladolid, 50 octobre 1558. Arch. Sim. Est . , leg. 129.
3 a lie acorda lo de escribir ul ronde de Melito y al marqués de Corlés lo que en ét posa para que lo rcpre^enton â V. M. » Lettre d’Onoralo Juan à S. M. 15 février 1558. Arch. Sim. Est., leg. 129.
voir que le précepteur et le gouverneur se louaient de leur élève. Ils ne cachaient pas sans doute quelques àprelés de caractère que Charles-Quint veut voir adoucies, mais il n'y avait là rien en somme qui pût éveiller de sérieuses inquiétudes. Les études se continuaient avec calme, et parfois, sans entrer dans le détail , Onorato s’en remettait à quelque seigneur qui venait de voir l’infant et qui allait trouver Charles- Quint ou Philippe : « Le prince se porte bien, écritil le 2 août 1557 à l'Empereur, bien qu'il ait eu un peu de rhume, et, pour son travail, le marquis de Las Navas vous en donnera des nouvelles 1 . » Mais en 1558, bien que l’aumônier Osorio continue à envoyer, des lettres pleines d’éloges, le langage de don Garcie et d’Onorato change complètement. Le premier écrit à T Empereur, le 15 avril : « Ses études n'avancent pas comme je voudrais, et cependant on ne saurait mettre plus de soin à l'instruire. Bien que Son Altesse ait pour moi, je le vois bien, le respect et la crainte qu'on peut penser, ni mes paroles, ni là discipline, bien qu’elle soit sévère, ne produisent les effets qu’elles devraient produire. Il serait nécessaire que Votre Majesté le vît de temps en temps et sans retard. » A la fin de sa lettre, il insiste encore sur l’utilité de cette entrevue : évidemment sa responsabilité l’effraye : « Je désirerais beaucoup que Votre Majesté permît au prince de l’aller voir, pour qu’en présence des obstacles que nous rencontrons et qui tiennent
1 « El principe esta bueno. nunque eslos dias lia Icnido un poco do romidizo, y Ojtudia como alla dira el marqués de las Navas. » Lettre d'Onoralo Juan à l’Empereur. Arcli. Sim. E«t., Ie<r. 500
LETTRES b’OSORIO.
à l’âge. Votre Majesté ordonnât ce qu’il serait opportun de faire et de changer, car pour moi je ne l’ai encore pu découvrir 1 . » Don Gareie redoute non-seulement sa propre insuffisance en des questions si graves, mais encore les faux rapports que pourraient faire à l’Empereur des courtisans trop zélés, et il l'avertit, dans la même lettre, de se méfier « des récits différents que pourraient faire à Votre Majesté des gens qui n’observent pas le prince d’aussi près et avec autant de soin que moi 2 . » C’était une allusion évidente à la correspondance de l’aumônier Osorio.
Nous avons un certain nombre de lettres de ce personnage qui me semble avoir été particulièrement tourmenté du vif désir de taire connaître à Philippe 11 la fidélité de sa famille à ses rois, et plus occupé de son avancement ou de celui des siens que des dispositions manifestées par le jeune prince. Dans ses longues épîlres, il raconte les plus insignifiants détails de la cour avec une puérile exactitude; en revanche il ne donne aucun développement à ses notes sur don Carlos, et se borne à répéter dans chaque lettre un éloge banal invariablement exprimé en ces termes : « Son Altesse gagne en religion, en vertu, en bonté,
1 « No va lan adelante como vo qtierria... no hacen mis palabras ni la disciplina, aunque lo escuecc muebo, el efeclo que debrian... parécemc muy necesario que V. M. levicse... deseo muehoque V. M. fuese servido que el principe diese una vu cil a por alla para verle, porque entendidos los inipedimcnlos que en su edad liene, nmndase V. M. lo que fucra de la tVde.i con que yo le sirvo se deba mudar en la citai liasta agora no hallo que. >. Lettre de don f.arcieà l’Empereur. Arcli. Sim. Est., leg. 129.
* « ... Quien diferenlemente pueden informarû V. M. del principe los que noie miran del lugar y con el cuidado que yo. » Même lettre, ibid.
en intelligence, autant que Votre Majesté peut le désirer 1 . » On sent combien ces paroles vagues, répétées comme de parti pris, ont en réalité peu d’importance. Elles ne nous apprennent rien de particulier ni de caractéristique. Ce sont les compliments d’un flatteur vulgaire et non pas les jugements d’un maître attentif et consciencieux. Deux fois seulement Osorio s’étend un peu davantage sur le prince : la première, c’est pour apprendre au roi avec quelle piété don Carlos et la famille royale ont assisté à l’édifiant spectacle d’un auto -da -fé*; la seconde, pour rapporter une politesse de 1 infant adressée au chef de la maison Osorio, le marquis d’Astorga. Cette action fort simple semble si admirable à l’aumônier, qu’il la cite au roi comme une rare preuve de bonne grâce et d’esprit : « Le prince ayant su, dit-il, que dona Beatrix de Tolède, fille du duc d’Albe, était accouchée d’un fils, me donna ordre d’aller voir le marquis d’Astorga 5 , et de le féliciter de sa part. Son Altesse me chargea aussi de lui Caire remarquer que tant que don Alvaro Osorio, son fils, était en
1 « ... Que V. M. se acordase de mi. » Lettre d'Osorio au roi, ‘20 oct. 1556. Arch. Sim. Est., leg. 114. — <t ... Fidelidad que siempre estant en esta casa de los Osorios. » Lettre d'Osorio au roi, 50 oct. 1558, ibid., leg. 157. — « ... Cada dia gana en cristiaudad, kondad, virlud y entendimicnlo todolo que sc puede descar. » Lettres d'Osorio au roi, des 15 mars 1558, 50 octobre 1558, 10 janvier 1559, 25 avril 1559, 17 mai 1559. Arcli. Sim. Est., leg. 129, 157 et 159.
s « El auto del S°. Of“. de la inquisicion sc hizo el domingo de la T ri— nidad... dondc se liallaron SS. AA. con todos los grandes y pielados que aqui se habia. «Lettre d’Osorio, de niai 1559. Arcli. Sim. Est., leg. 157. Nous parlerons plus loin de cet aulo-da-lé célèbre.
r ’Le lils du marquis d’Aslorga, don Alvaro Osorio, avait épousé doua Rcatrix de Tolède.