DI!: CUS.' ION DE DIVERSES HYI'OTIIÈSES
savoir pourquoi don Carlos voulait fuir; on a cru longtemps à tort qu'il y a eu dans toutes les idées qui ont tour à tour agite son esprit une suite logique, et les apparences semblaient le démontrer; de même (pi on s'était imaginé que l'infant baissait les ministres de son père comme les appuis et les confidents de la politique paternelle, de même a-t-on pu supposer qu il désirait sortir d’Espagne pour ne point demeurer plus longtemps en présence de Philippe II. Or j’ai exposé plus haut les causes de sa haine contre les favoris de son père, cl l’on a pu voir combien étaient vaincs les inductions des historiens qui ont cru surprendre là une conséquence de ses sentiments envers le roi. Quant à ses projets de fuite, si le désir de se dérober à la surveillance paternelle a pu y entrer comme un accessoire qui ne déplaisait* pas à l'cspri l’indépendant de don Carlos, il faut reconnaître que celte pensée n’a pas été le but* principal de ses entreprises. Je n'en veux pour preuve que son empressement à partir pour les Flandres avec Philippe 11. S'il eût désiré, avant tout, s’affranchir de la domination importune de sou père, il eût évidemment mieux aimé demeurer seul en Espagne, où il eut été libre, que de suivre le roi dans un voyage où les circonstances mêmes les eussent sans cesse rapprochés. Les cor lès, qui ignoraient sa vraie valeur morale, avaient l'intention de le demander pour régenta Philippe 11; il eût appuyé ce vœu au lieu de le combattre avec l'exaltation dont il fit preuve dans la séance que j'ai racontée. Il ne faut donc, je crois, attribuer qu’à un désir de mouvement et de distraction cette fantaisie de départ; elle n'était pas née
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d’une déduction logique de sentiments et de pensées, mais d’un caprice de son imagination vagabonde.
La détermination de Philippe II, évidente pour tout le monde dès l’automne de 1507, bien qu’elle ne dût pas être officiellement annoncée avant l’année suivante, vint détruire l’espérance dont s’élait flatté le prince d'Espagne. Lès lors il revint à ce premier projet qui avait échoué en 1505 par les soins de Iïuy Gomez et dont le baron de Montigny avait présenté de nouveau à son esprit les brillantes perspectives, et il résolut de partir en secret. Il avait perdu toute confiance en son majordome; il avait appris, on s’en souvient, que dans un moment où il cherchait à emprunter 200,000 écus, il s'élait trouvé dénoncé au roi par Ruy Gomez. Il considéra dès lors cet homme d’Etat comme un espion ’, et chercha d’autres agents. Mais ici encore se révèlent cette absence de réflexion, cette faiblesse d’idées et de ressources, cette incapacité extravagante, qui le condamnaient d'avance à voir ses plans infailliblement déjoués. Sans songer qu’il ne suffisait pas de cacher ses projets à Ruy Gomez, que le secret le plus absolu était nécessaire, et que les chances de la discrétion sont en raison inverse du nombre des confidents, il écrivit, dit le nonce, à plusieurs seigneurs, entre autres au marquis de Pescara, au duc de Médina Rioscco, à l’amirantc de Castille, et, sans leur indiquer sa pensée, leur demanda leur concours pour
1 « No pudiendo sufi ir... la relacion de sus licdios â su piutrc dcl pifneipe Ruy Gomez. » L. Van den llammcn, Don -Juan de Auslria, déjà cité.
LVTTIiE CinCULAIIîE DE lïnfant AUX SEIGNEURS. 2)7
une entreprise qu’il méditait 1 * 3 . Le nonce ne le dit pas, mais les laits parlent assez d’eux-mêmes; il est clair que ce concours réclamé n était pas un acte personnel; il s’agissait seulement d’un emprunt, car l’infant n'avait pas d’argent disponible pour son départ*. Nous verrons tout à l'heure une lettre de lui, adressée à divers gentilshommes et banquiers auxquels il demande des fonds d’une façon plus précise. Le roi, comme on le devine, apprit bientôt cetlc démarche par les seigneurs mêmes qui avaient reçu ces lettres imprudentes. L’amirante le premier, dit-on, lui envoya le billet qui lui avait été remis en le priant d’examiner \ Puis tous répondirent avec empressement à don Carlos, affirmant qu’ils le seconderaient volontiers pourvu qu’il ne s'agît d’aucune entreprise contraire à l'autorité du roi k . C’était un refus courtois, car on soupçonnait à la cour les projets de don Carlos.
Le prince d’Espagne comprit qu’il n’y avait guère à compter sur de, telles assurances, et résolut de ne plus se fier à des sujets si fidèles. Il n’avait gagné à cette confidence mal placée que d’augmenter de plus en plus les inquiétudes de Philippe II. Le roi, sachant Ruy Cornez
1 <t Avea comunicalo questo stio pensicro con alcuni Ira' qnali furono il mareliesc di Pcscnra, il duca di Médina Ilioscco c torse qualclie nltri.* » Dépêches manuser. du nonce, 50 avril 1508.
* « Escrivié à todos los grandes y lilulos, pidiémlolcsle nyudasiîn para un nc^ocio que se otreria. Era su ûnimo oblifrarlos con dincros. » Loren/o Van den Hainnien, loco cil. — Ferreras, IX, 507. — Cabrera, VII, 470.
3 « El almiranle embio su caria al rcy y le pidio examinase cl inlcnlo délia. » Cabrera, loco cil.
* Ferreras, IX, 5U7.