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en disgrâce auprès de l’infant, pouvait craindre, à toute heure, une fuite audacieuse, non pas imprévue, puisqu'il en avait surpris les premiers préparatifs, mais inévitable peut-être, puisqu’il lui fallait attendre désormais du hasard un avertissement et des preuves. Du moins essayat-il, par d’officieux avis donnés selon scs ordres à 1 infant par divers gentilshommes, de le détourner de sa résolution'; mais c’était là une ressource bien insuffisante. Philippe ignorait quelles étaient les combinaisons de son fils, quels hommes l’infant faisait agir; il sentait qu’un immense péril le menaçait, sans deviner d’où lui viendrait la lumière et comment il pourrait parvenir à le conjurer.
Cependant le prince d’Espagne qui, d'après la réponse des seigneurs, ava il j ugé celte première démarche vainc, dut songer aux moyens les plus prompts d’obtenir les fonds nécessaires cà son voyage. Philippe avait l’éveil, don Carlos n’en pouvait douter; il était urgent de presser les choses si l’on voulait réussir. C’est alors que nous voyons reparaître un personnage qui naguère avait été fort maltraité par l'infant dans l’exercice de fondions honnêtes, mais qui, par suite, d’une part, de la versatilité familière à
esprit troublé du prince, d’autre part, de son ambition et de son adresse, avait reconquis la faveur de son maître, et s’était décidé à tout faire, à le servir même dans une entreprise insensée et coupable, pour arriver rapidement par ce moyen à une fortune brillante. Je veux
1 « Poiim> molto c fcce far or.izioni... onde ntl* ullimo, vedendo clic le dissuasion! sopradette non l'Iiavcvano nio:-so... » D 'pcclii’s nmiuscr. du nonce, ÔO aviil 1T.G8.
VOYAGE D'OSORIO A S-ÊY.1.I.E.
parler de Garcie Alvarez Oiorio '. On sc souvient qu’élevé par Philippe U aux fonctions de grand maître de la garde-robe, il avait été pendant trois années (45G1- 4504) abreuvé d’ennuis et d’outrages, grâce à la maU veillante du prince, et l'éclat avait été si grand que Philippe avait dû lui retirer sa charge et le réduire aux fondions plus humbles d’ayuda de câmara. Mais, depuis ce temps, l’homme que don Carlos lui avait préféré, Eslcvez de Lobon, était tombé en disgrâce, etOsorio avait peu à peu reconquis la confiance de l’infant. Ce fut lui qu’à l’insu du roi don Carlos choisit pour son confident et il le chargea de se rendre à Séville pour y contracter un emprunt secret en son nom.
Un autre aijuda de câmara , Juan Martinez de la Cuadra *, avait été précédemment envoyé à Burgos et à Valladolid et n’avait que médiocrement réussi. Gazlclu, le secrétaire du prince, était informé de ces diverses démarches, car je trouve contre -signée de lui la lettre suivante, adressée par don Carlos à Osorio, cl qu’évidcmmcnl Gazlclu avait rédigée. Elle est datée du 4" décembre 4567; Garcie Alvarez Osorio était déjà, aussi bien que Martinez de la Cuadra, en quête d'argent depuis un mois; le priuec était impatient de les voir réussir, it
1 Voy. cliap iv, p. 117 elsuiv.
, a Juan Martinez de la Cuadra était at/uda de câmara depuis longtemps. 11 avait élé sans doute partisan d'ütorio et ennemi de Lobon, car je le trouve, dans les Contadurias de Simancas, désigné par le prince pour l'enquête sur les comptes de ce dernier : « Diô cl principe ôrJcn u J. M. de la Cuadra y al conladur Colouna le tomasen cucnlu de lo que e a a su car^o. » Arch. Si-n. Conlad. gêner., 1* época , leg. 1050. (Voyez cliap. iv, p. 121.)
malheureusement leurs efforts n’avaient abouti, jusqu’à ce jour, qu'à des résultats sans importance. Don Carlos, imaginant d’autres expédients, fait donc écrire par Gaztelu : « Garcie Alvarez Üsorio, aide de ma chambre, le 10 du mois passé, j’ai répondu à votre lettre du 17 par Juan de Nodar, mon laquais, que vous devez avoir vu. Hier soir j’ai reçu une lettre dcCuadra du 27, cl il m’apprend, entre autres choses, qu'ayant mis la lettre d’avis et le billet de 7 ,000 ducats du maréchal Bernuy entre les mains de la personne à qui ces pièces étaient adressées l , il lui fut répondu ce que vous verrez par la copie que je vous envoie. Vous en parlerez au maréchal sans lui montrer celte copie, qui pourrait le blesser 4 , et vous ferez en sorte qu'il donne des ordres pour que nos engagements soient librement acceptés et menés à bien celle semaine. En meme temps vous insisterez pour la garantie des 15,000 ducats qu’en mai dernier il a offert de payer à Cuadra ou à son fondé de pouvoirs. Cela fait, vous livrerez mes billets.
«Je vois qu’en dépit du zèle déployé par Cuadra à Valladolid et àBurgos, il n’a pu, avec mes lettres de créance, obtenir plus de (1,000 ducats d’Hippolytc Affeilati; or j’ai fait le compte de ce qui m’est absolument nécessaire pour accomplir mon projet, et il me faut 000,000 ducats. Au reçu de celte lettre vous partirez donc pour Séville, et vous vous efforcerez par tous les moyens d’obtenir une bonne somme. Vous vous aiderez du comte
* Probablement le banquier du maréchal, lequel refusa de donner l'argent.
2 Cuadra, indigné de ne pas recevoir les fonds, avait sans doute, dans sa lettre, employé des expressions peu flatteuses pour le maréchal.