J. INFANT COMIE SON PROJET A DON JUAN D'AUTRICHE
et qui a si souvent amené la ruine des entreprises les mieux conçues, soit qu'il espérât tirer quelque avantage d’une indiscrétion nouvelle, soit plutôt que son imprudence naturelle fut la plus forte, don Carlos découvrit quelques jours après tout le plan de sa fuite à son oncle don Juan d 'Autriche 1 * * * . C’était mal placer une confidence inutile. Don Juan, prince de grand esprit, aimé de tous et qui méritait de l’être, n’était pas cependant, à la cour, vanté pour la franchise. Nul ne savait au juste le sens de son apparente bienveillance, et ne pouvait meme avec certitude, s'il faut en croire un manuscrit, se regarder comme son ami ou son ennemi *. Le rôle do don Juan, dans celte circonstance, a été diversement raconté : on a dit d'abord qu'il était au nombre des seigneurs- auxquels l’infant avait écrit sa première lettre, et qu’il avait, comme eux; fait part au roi de cette communication imprévue 5 . J hésite à le croire. Don Carlos et don Juan se voyaient sans cesse et dans la plus grande intimité, et il est peu vraisemblable que l’infant ait écrit solennellement à son oncle; lui a-t-il confié sa pensée dans une conversation particulière? c’est ce qu’il est impossible de savoir. Don Juan a-t-il, dans celte hypothèse, rapporté à son frère les paroles de l’infant? Dion
1 Ferreras, loco cil — Lafuentc, XIII, 311 et 513. — Slrada, loco cil
— t Prcguuté al scfiur don Juan si sc senlia con ânimo de scguirlc en todo y contra lodo. » Ms. attribue à Percz, déjà cité. — Déj celles nia-
nuscr. du nonce, 30 avril 15G8.
s « Non se puù assied ru r persona di quando dicc il ncro o da bu lia e segli è ainieoo no. » Ordine délia cjsa del reCattolico. Ms. D. I. S'-G.,
5 Dépêches manuscr. du nonce, 50 avril 1508.
ne peut ici être affirmé; mais si, à cette époque, il a reçu quelque confidence de don Carlos, peut-être a-t il préféré combattre par ses exhortations et ses conseils la résolution de son neveu. Quoi qu’il en soit, il y a évidemment confusion lorsqu’on lui fait répondre aux ouvertures du prince qu’il l’aiderait volontiers pourvu que ce ne fût pas dans une entreprise contraire au service du roi '. C'est la réponse des seigneurs, et elle lui est à tort attribuée.
Maintenant comment agit-il durant ce mois de décembre 1567, où bien certainement don Carlos lui parla de ses projets? Osorio n’était pas de retour, le prince n’avait pas d’argent; rien ne pressait encore : don Juan a-t-il dès lors dénoncé les plans de don Carlos? 11 partit, il est vrai, pour l’Escurial, où il passa les fêtes de Noël, et l’on en a conclu qu’il avait, pendant son séjour au palais, tout révélé à son frère. Nous ne pouvons ici nous appuyer sur aucun document irréfutable. Peut-être se rendait-il «à l’Escurial pour éviter les sollicitations du prince qui le pressait de l’accojnpagner 1 2 ; peut-être, ce qui est plus vraisemblable, pour recevoir les instructions relatives à la charge que le roi allait lui confier, celle de général de la mer; sa no'mination fut en effet signée le 15 janvier 1568 3 .
1 « Don Juan le dié palabra pnrseguridud de su aficion no cxceptuando sino la persona dot rey. » Ms. attribué à Perez, déjà cité.
s j Pour Fuir telle importunité s’esloil absenté de lny ces feslcs de Noël, s’estant allé retirer à l Escurial près du dict roy, d'où il n’a bougé jtisqucs à son retour. » Dépêches manuscr. de Eorqucvau x, 5 février 1508.
3 La patente se trouve dans un Ms. du XVI” siècle de la bibliothèque du duc d’Osuùa. (Doc. inéd. III.