RETOUR D'OSORIO
Cependant G.-orio arriva à Madrid dans les premiers jours de janvier : il rapportait cent cinquante mille ducats, et des banquiers complaisants pi omettaient de compléter bientôt la somme que l'infant avait demandée 1 . Le moment était venu d’agir : la situation touchait à une crise, et le 1 7 janvier* don Carlos se rendit à l’Escurial 5 . 11 s’y présentait sous prétexte de remercier le roi d’avoir confié à don Juan d'Autriche la charge de général de la mer, mais, en vérité, pour raconter à son oncle le retour d’Osorio et la prochaine exécution des projets dont il l’avait entretenu. Il lui apprit qu’il comptait partir l'une des nuits suivantes,, et regagna Madrid le même jour. Ce fut alors qu’incontestablement don Juan d'Autriche avertit son frère, et, en vérité, on ne peut blâmer
* Ferreras, loco cil . — a Avia llegado de Sévi lia Alvarez Osorio con cieiilo y cincuenta mil dutados de los seiscicntos mil que le avia embiado â buscar... pues lo reslo le remiliria en polizas en salicndo de la eorle. » Van den Ilammen, loco cil.
3 Ce fut évidemment le 17 janvier. La nomination de don Juan est du 15. Si don Carlos était venu le IG, le roi, qui fut informé le jour luémc de sa venue, de se> projets definitifs, ne serait pas demeure un jour entier inactif û l'Escurial. Or, ce fut le 17 au soir qu’il arriva à Madrid. Van den llainmcn dit positivement qu'il partit, pour a’insi dire, à la suite de son (ils : « Yinô à Madrid casi siguiendo el hijo, » et Forqtievaulx : « Le soir que S. M. arriva, qui fut un samedi, 17 janvier. » (5 février 15G8.)
3 A l'Escurial cl non pas au Pardo, comme le disent Cabrera et Yan den Hammen. J’ai sous les yeux un paragraphe des Con’ndiirias generales de Simancas relatif à ce voyage. Il y est dit qu’Osorio prêta 110 ducats au prince pour payer les postes le jour où 1 infant se rendit à l’Escurial pour remercier le roi de la nomination de don Juan : « A Garcia Alvarez Osorio 110 ilucados que S. A. le mandé dar por tanins que éi liabia buscado prcslados para pagar las postas cuatulo S. A. fué al Escurial û besur las manos ;i S. M. por la mereed que liabia lieclio al senor don Juan de Anslria dcl cargo de general de la mar. »
210 LOS CA fl LOS ET PHILIPPE II.
cct abus de confiance. Les facultés de don Carlos étaient trop profondément troublées, son projet était d’une trop haute importance pour que le devoir de la discrétion ne fût pas contre-balancé par un devoir plus grand encore, celui de l'arrêter dans une entreprise qui ne pouvait être que funeste à lui-même aussi bien que dangereuse pour la sécurité de l’Elat l .
Le même jour, le grand maître des postes, Raymond de Tassis, se présenta à l'Escurial : le prince avait, la veille, demandé des chevaux j our la nuit. Raymond s’était doute de quelque projet contraire aux volontés du roi, en apprenant que des chevaux étaient ainsi commandés à l’avance pour une heure insolite : il avait fait répondre qu’il n’en avait plus, et, décidé à n’en pas fournir sans ordres supérieurs, il venait avertir le roi 3 . Evidemment il n’y avait pas de temps à perdre : le soir meme Philippe était à Madrid.
Depuis quelques jours son anxiété avait redoublé; il savait, à n’en pouvoir douter, que l’iiiLmt méditait une
* C'est aussi la pensée tlu nonce : « L'on Giovanni d’Auslria si sia trovalo iieccssilnlo tint debitu sno d'averlire S. M. d'alcunc cosc clic hanno nccelcralo questa csccutionc. » Dépêches mnuuscr. du nonce, ‘24 janvier I5G8.
4 Gc Tait se retrouve dans lous les Listerions. Slrada, Ferreras, Van don llammen, Cabrera, etc., le racontent en détail. Je ne mentionne ici que pour mémoire I anecdote suivante, racontée par Ferleras roui, cl qui me semble assez peu vraisemblable : Le I*. Diego de Chaves, confesseur du prince, voyant qu'il ne pouvait le détourner île son dessein, aurait cru devoir se îclircr dans un couvent. Avant de quillcr Mndiid, il aurait été prendre congé de la femme de don Diêguc de Cordoue, premier écuyer. Celle-ci, étonnée de celte déterminât ion subile, aurait su en surprendre la cause, en auiait informe son mari, qui l'aurait rapportée au roi. — Je n’ai rencontré ce récit nulle part ailleurs.