PHILIPPE ASSEMBLE DES THÉOLOGIENS
grande entreprise, et, tourmenté d’indicibles angoisses, il avait invoqué solennellement le secours du ciel : « Le 15 e du présent, écrit l’ambassadeur de France, j’avois sceu que le roy avoit fait ordonner aux églises et monastères de ceste ville qu’ils feissent prière en toutes les heures canonielles et aux messes, qu’il pleust à Dieu l’inspirer et conseiller sur certaine délibération et desseing qu’il avoit en son cœur, laquelle chose a donné assés à discourir aux spéculatifs de ceste court 1 . » Le nonce, dans sa correspondance, raconte le même fait, en ajoutant, qu’après tout, on avoit été généralement peu surpris de ces démonstrations pieuses,, que ce prince « très-religieux avoit coutume d’agir ainsi quand il avoit à exécuter un projet important, et que d’ailleurs nul ne pouvoit s’imaginer qu’il fut question d’événements si graves*. » Dès avant le 17 janvier Philippe II avait assemblé des théologiens pour les consulter sur la conduite qu’il devrait tenir si les soupçons qu’il avait conçus venaient à être justifiés. C’était encore une habitude.de cette conscience singulièrement scrupuleuse qui se faisait absoudre à l’avance par la casuistique, même de ses plus noirs forfaits. En cette circonstance, il ne méditait aucun crime, il est vrai, mais l’acte qu’il jugeait nécessaire d’accomplir épouvantait sa volonté. Les principaux savants qu'il réunit étaient : Gallo, évêque d’Origucla;
1 Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 19 janvier 15G8.
* <i Qucslo costume è di questo principe veramentc molto religioso quando gl’occurre qualche cosa da esseguire che sia importante. Non potendosi altrui imagina re che negozio fosse questo. » Dépêches manuscr. du nonce, 24 janvier 1568.
Melchior Cano, évoque tics Canaries, et le docteur Xavarro Martin d’Azpilcucta 1 * , qui, peu d’années auparavant, avait fait le rapport dans la grande affaire de Carranza, archevêque de Tolède*. On ignore la réponse des deux premiers; un historien, Cabrera, rapporte celle de Navarro d’Azpilcueta, « laquelle, dit-il sans autre explication, est venue entre mes mains . 3 4 » L’éminent jurisconsulte déclara qu'il serait périlleux de laisser don Carlos sortir d’Espagne, que ce départ servirait de prétexte à d'innombrables commentaires sur les sen- # timents respectifs du père et du fils et sur la cause de leurs discordes, que les uns prenant parti pour le père, les autres pour le fils, rien n’énerverait davantage les forces de la monarchie, et n’exciterait mieux les ennemis de l’Espagne à s'armer contre un royaume affaibli par la division ; il allégua les périls qu'avait fait courir à la monarchie française la fuite du Dauphin, fils de Charles VII (depuis Louis XI), à la cour de Bourgogne : il en conclut que Sa Majesté devait éviter les troubles qui seraient la conséquence d'une indulgence coupable, traça le tableau effrayant des dangers, des crimes qui pourraient s’ensuivre, représenta la monarchie ébranlée et les hérétiques profilant de ces désordres pour lever la tète et s’agiter en liberté *. » Il y avait beaucoup de vrai
1 Cabrera, loco cil. — Strada, loco cil.
3 Ce rapport se trouve tout enlier dans les Documcnlos ine'ditos, V,
3 « Vinci d mis manos. » Cabrera, loco cil.
4 « llaria mal don Carlos en salir de Espafia, pues, daria gran ocasion de discurrir sobre el animo dcl padre y del liijo y la causa de su discordia... tomando la voz del padre unos, la del liijo otros, debilitando sus