ARRIVÉE DU ROI A MADRID
dans ces paroles, et, maintenant même, jugeant les choses à la distance de trois siècles et avec une complète indépendance de doctrines, nous devons reconnaître que rarement souverain s’était trouvé placé dans une plus pénible situation.
Le roi arriva à Madrid, l’esprit troublé par ces questions douloureuses, mais toujours calme en apparence : l’ambassadeur de France, qui le vit le lendemain, lui avait trouvé « aussi bon visage que les autres jours ‘. » Son émotion cependant était grande depuis plusieurs mois qu’il se contenait dans un rôle patient; il savait bien toucher à une crise, mais il attendait et ne voulait rien précipiter avant qu’un commencement d’exécution dans les projets de don Carlos justifiât aux yeux de la cour et de l’Europe les mesures extrêmes qu il jugeait inévitables. Il savait quel scandale suivrait de tels événements, et, accoutumé à agir sous le regard des hommes, il se sentait responsable, non-seulement vis-à-vis de son fils, .mais vis-à-vis des contemporains et de lhisloirc : il n’ignorait pas qu'on passe aisément pour injuste lorsqu’on s’est montré prématurément sévère. De là cette gravité, ce calme, ce silence qui cachaient tant d’orages intérieurs et tant de doutes navrants.
fuerzas y animando û sus enemigos para armarsc y acomclcr los rcyiios flaeos por la division... y asi devin S. M. cvilor estos dniios, peligros, gaslos, ofensas de Dios, desobcdiencias, inquiclud de su monarquia y la ocasion de tornnr liberlad los herejes. » Cabrera, loco cit. — « Alléguant' l'exemple du dnupbin fils de Charles VII, roi de France, parti aussi chez le iluc de Bourgogne, il encouragea le roy à s’opposer à ce départ, où il voyait une tentative de rébellion. »> Slrada, traduit par du Rycr, de l’Académie française.
' Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 5 février 15G8.
Bien plus, il était si profondément ému par la perspective de l'avenir, que même après avoir quitté l Escurial, même après cette journée néfaste du 17 janvier, où les projets de son fils étaient apparus dans une pleine clarté, terribles et menaçants, il n'osa pas encore tout décider par lui-même, et il assembla dans la nuit le conseil d’Etat 1 2 . Il présida lui-même la délibération des quelques membres convoqués, ce qui était extrêmement rare : dans certaines circonstances majeures seulement, dans les grands périls politiques, les rois présidaient le conseil *. Philippe, en celte nuit, comme l’insinue dans ses lettres Antonio Ferez, voulait-il plutôt faire approuver son planque consulter ses ministres? on ne sait, mais il est certain que dès lors sa résolution fut prise et ses scrupules furent levés; comme roi, il sentait devoir étouffer le germe de nouveaux troubles; comme père, il ne voulait pas donner à ses ennemis le spectacle de ce descendant dégénéré d’une race illustre, étonnant le monde par ses folies et incapable d’être rebelle au moins avec dignité.
1 « Asi lo liizo cl rey que digo cuando resolvié la prision del principe don Carlos. « Lettres d’Anlonio Ferez.
2 « Saul' des occasions très-rares, comme par exemple lorsque fut résolue l’arrestation de don Carlos, le roi ne présidait pas les délibérations de son conseil. » Gnchard, Correspondance de Philippe II (introduction). — s Digo que en aquclla parle del no hallage los reyes en los consqjos de Kslado, podria yo sacar una excepcion de la experiencia que en algun gran ncgocio, en algun grau aprieto en que cl principe se vec y quierc consejo, mas para aprobacion que para resolucion. » Lettres d’Anlonio Ferez.