‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 95 sur 131 · DON CARLOS ET DON JUAN D’AUTRICHE · texte numérisé non relu

DON CARLOS ET DON JUAN D’AUTRICHE

Don Juan répondit qu’il avait été question des galères qui appareillaient dans les ports d’Espagne. Cette réponse était conforme à la vérité peut-être; les nouvelles fonctions confiées par Philippe 11 à son frère en rendaient au moins vraisemblable 1 exactitude. Mais don Carlos, saisi tout à coup d’un de ces accès de colèic frénétique auxquels il avait déjà tant de lois cédé, tiia l’épée et se précipita sur don Juan. Celui-ci dégaina sans hésiter, et parut décidé à se défendre : « Que > otre Altesse prenne garde!» s’écria-t-il, et cela assez haut pour que les huissiers de chambre entendissent le Inuit de ces paroles : ils entrèrent, et don Juan put s éloigner 1 . Quant au prince, fatigué sans doute par une surexcitation si violente, il se mit au lit de bonne heure 2 . Mais il avait joui et abusé de son dernier jour de liberté. Le roi veillait et donnait en cet instant meme ses ordres pour la nuit .

» Relation de un ugier de lacùmara del principe en la citai dice que. aquella noche estalm él de guardia en palatin. Ccltfc relation, qui <* « Simancas, est citée par M Lafuenlc dans son Bit. de U pana XIII, 312. — Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 5 février 1508 : « H fit S Ç S e 01 s de tuer don Juan avec un pistolet, lequel le luy osta et se retira en > a chambre du roy. » L'huissier de la chambre dit simplement qu il mit l’épcc à la main, ce qui m’a paru plus vraisemblable. Du reste, son reci

s accorde avec celui de Forquevaulx. . ji m

* Relation de un ugier , etc. Ms. déjà clé. « A ksochos cenô d un capon cocido y acéstose â las nueves y media. Yo cra de guarday ccne

CSl 3 Un écrivain semble décidé à nier, pour le besoin de sa thèse, les témoignages les plus précis, M. A. de Castro, dont j ai deji par “ TC ~ fuse en dépit de tous les documents, à reconnaître les tentatives de meurtre que lïiistoirc reproche à l'infant d'Espagne. Il prétend quelle» sont invraisemblables, par cela surtout qu'elles olïrcnt d étonnantes similitudes. Nous ne saurions admettre ce raisonnement; lorsqu il est question de

Le moment était venu. Dans la journée le comte de Lermc et don Rodrigue deMendoce, camériers de l’infant, avaient reçu du roi un avertissement secret. Il leur avait été ordonné de disposer la porte de la chambre du prince de façon qu’on pût entrer sans bruit*. Les deux

tentatives de meurtre, il est certain que toutes ont en effet le même but et qu’elles ont lieu au moyen d’une arme quelconque. Il s’agit seulement de savoir si les documents qui les rapportent sont dignes de foi, et voilà ce que M. de Castro se garde bien de discuter. Il est vrai qu’il rappelle un passage de Salazar de Mendoza où cet écrivain révoque en doute ces tentatives, par cela seul qu’elles sont diversement racontées: «Unosdeuna manera, otrns de olra, y todos con variedad, s C'est justement le système contraire à celui de M. de Castro, qui n’y regarde pas de si près. Le même M. de Castro, pour achever de nous convaincre, nous raconte un trait de la vie de Charles II, roi d’Espagne, qui voulut aussi jeter par la fenêtre un grand personnage, et il en conclut qu’on peut bien n'être pas fou et se livrer à de telles violences. Cela est incontestable, bien que la multiplicité de pareils actes n’indique pas au moins un cerveau très-bien organisé; mais il faut avouer que M. de Castro aurait pu produire des exemples meilleurs. Charles II d'Espagne n'a jamais passé, que je sache, pour un prince d'un sens bien droit; c’était lui qui se croyait de bonne foi ensorcelé, et qui, au point de vue physique comme au point de vue moral, fut le plus dégénéré de tous les successeurs de Charles-Quint. Singulière façon de raisonner : d’une part, pour nier des faits évidents, alléguer à la fois la variété et l’identité des récits comme des preuves d’erreur; d’autre part, pour combattre une opinion, produire un exemple qui la confirme. Quelle vérité attendre d’un si remarquable esprit de critique? je n'ai pas à insister. Quant à ce dernier trait de la vie de don Carlos, il est affirmé à la fois par l’ambassadeur de France et par un huissier de la chambre qui se trouvait au palais au moment de la tentative. Je ne crois pas qu’il soit possible d’élever le moindre doute sur la sincérité de ces deux témoignages, qui se corroborent l’un l’autre, et dont les auteurs n’ont pu communiquer entre eux. Forqucvaulx rapporte, lui, le bruit général de la cour; l’huissier donne les détails précis d’un témoin. Une saine critique, en présence de cette double affirmation, ne saurait refuser son adhésion aux faits dont il est ici question.

1 « Fece seeretamcnle intendere al dnca (sic p. conte) di Lerma, c a don Diego [sic p . Rodrigo) di Mendoza, camericri del principe, che la nolte venientc, lasciasscro apcrtc le porte onde al principe s’entrava. » Ha g -

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