Lettre de Granvelle, 18 juillet
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citer du roi la permission de quitter TEspagne et mourut avant de Tavoir obtenue, le 21 mai 1567.
Montigny fut donc le principal agent de ces négociations vaines; mais ce fut en réalité seulement pour la forme que Philippe II le laissa les poursuivre. 11 le reçut bien en apparence ^, mais le paya de paroles -sympathiques avec la ferme volonté de ne rien changer à sa conduite. Bien plus, ce n'est pas outrepasser les droits de l'histoire que de lui attribuer, dès l'origine, l'intention de ne pas perdre l'occasion de se débarrasser d'un dangereux adversaire : peu à peu, avec un art de dissimulation dont l'étude serait étrangère à notre sujet, mais dont les détours révèlent toutes les hypocrisies de sa politique, il engagea l'envoyé flamand dans une série de discussions et de démarches sans issue qui durèrent pendant les années 1566 et 1567; puis il prépara sous main, tandis que les pourparlers se continuaient en apparence, la réunion des forces destinées à écraser les Pays- Bas et à soutenir la terrible mission du duc d'Albe 2. Il fut bientôt évident pour Montigny que le roi ne songeait pas adonner satisfaction aux Flandres, que les concessions dont il l'avait flatté au premier abord
1. Montigny se félicitait même de ce bon accueil dans une lettre à la duchesse de Parme du 2 août 156<j. (Arch. de Simancas, Est., 1.533.)
S. On peut étudier ces curieuses négociations dans les lettres de Montigny qui sont aux archives de Simancas, dans les mémoires d'Hopperus (ministre belge) sur les troubles des Pays-Bas, dans les lettres d'Alonso de Laloo au comte de Homes, dans la correspondance de Philippe II. Elles n'intéressent pas directement l'histoire de don Carlos, et j'ai dû m'abstenir de les rapporter. On ne trouve dans ces divers documents aucun indice d'une intervention du prince.
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n'étaient à aucun degré sincères * et n'impliquaient aucune obligation dans la pensée et dans la conscience du souverain, enfin que saprésence en Espagneétait complètement inutile. Philippe II était décidé, en effet, malgré les instances des Pays-Bas, les conseils de la duchesse de Parme, malgré les avis réitérés du Pape Pie V, à ne recourir qu'à la violence et à étouffer dans une répression sanglante les réclamations des Pays-Bas : « La voie de la négociation avec eux, écrivait-il à son ambassadeur à Rome, est si mauvaise et pernicieuse pour le service de Dieu et l'établissement de notre sainte foi catholique, que j'ai préféré risquer l'aventure de la guerre avec tous les inconvénients et dommages qui pourront en résulter pour moi, plutôt que de condescendre à rien qui soit contraire à la foi et à l'autorité du Saint-Siège^. » Dans cette extrémité, Montigny n'avait plus qu'à se retirer, et il avait demandé au roi, dèsavantla mort du marquis de Berghes, l'autorisation de retourner en Flandre. Ses efforts furent vains : sous divers prétextes, Philippe II ajournaitsadécision, étant bien ré solu au fond à ne pas laisser un homme aussi considérable rapporter dans les provinces l'impression de son découragement et donner ainsi son concours et de nouveaux prétextes à l'agitation qu'il prétendait calmer par la terreur.
Nous sommes ici en présence d'un point histo-
1. Voy. aux arch. de Sim. (Est., 1. 531) la déclaration de Philippe II à ses conseillers intimes.
2. Lettre de Philippe II au commandeur de Castille, en date du S6 novembre i5ô6.
rique très discuté. Plusieurs historiens, entre autres Cabrera, Colmenares et Van den Hammen *, ont affirmé que Montigny, édifié sur les sentiments de rinfant à l'égard de son père, a cherché à utiliser cette haine pour le plus grand avantage des Pays-Bas, et que, par Tentremise d'un gentilhomme de la chambre, il était entré en relations suivies et directes avec Don Carlos. Il est vrai que lui-même n'en parle pas dans les lettres qui restent de lui, et qu'on ne trouve pas trace de ces entrevues dans les documents officiels contemporains. Mais je ne me trouve pas autorisé à nier les rapports du prince et de Montigny par le silence de celui-ci qui avait tout intérêt à se taire. Quant aux rédacteurs des documents officiels, les uns ont pu ignorer ces entretiens, les autres avoir le mot d'ordre pour ne point rappeler un fait aussi grave et aussi pénible au roi d'Espagne. En revanche, le public, qui n'avait point les mêmes motifs de discrétion, croyait à ces menées mystérieuses, et l'ambassadeur de France y faisait allusion dans ses dépêches : « On dist qu'il (le prince) s''entendoit avec les Flamands, nomméement avec le sieur de Montigny ^.» D'autre part on lit dans une lettre qu'Hernan Suarez, l'alcade de cour si fidèle à don Carlos, lui écrivit en décembre 1567, et dont je reparlerai
1. Cabrera, Felipe //, VII, xxii. — Colmenares, Hist, de Segovia, — Lorenzo van den Hammen, Don Juan de Austria : «por mediode M. de Vandosmes, cavallero de camara del Rey, communicô su comision particularal principe de parte de los Estados. »