‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 103 sur 199 · Colmenares, Historia de Segovia · texte numérisé non relu

Colmenares, Historia de Segovia

engagé le Prince à se rendre aux Pays-Bas, soit avec la permission de son père, soit malgré lui ; mais je crois, d'après ces indices et ces conjectures, que Montigny eut des entrevues avec l'infant, usa de son art diplomatique pour le gagner aux intérêts flamands, et même qu'il y parvint.

Ce n'était pas, il faut le dire, chose difficile. Don Carlos avait déjà songé l'année précédente à un départ secret pour les Pays-Bas*. En 1565 sa fuite avait été préparée : soit que ce plan lui eût été suggéré par des lettres de Flandre, soit qu'il l'eût imaginé luimême, l'infant résolut de saisir le prétexte du siège de Malte, pressé vivement alors par les Ottomans, et de partir en secret. Il comptait dire sur son chemin qu'il allait secourir cette place de l'aveu de son père, puis il aurait gagné les Flandres par l'Allemagne. Après avoir ramassé une somme de cinquante mille écus, il fit faire des habits de voyage et donna ordre de les apporter dans une maison de campagne, où il devait se rendre en quittant Madrid. L'entreprise fut

1. On a prétendu qu'il avait écrit une lettre au comte d'Egmont, et cette pièce se trouve même citée tout au long dans le livre de Gregorio Leti. Elle nous a semblé porter le caractrre des documents apocryphes, et le livre où elle se renconti'e nous est trop suspect pour atténuer le moins du monde notre soupçon. Je ne retrouve dans cette pièce ni le style du prince, ni celui de ses secrétaires, mais plutôt 1 e caractère à la fois léger, subtil et déclamatoire des œuvres d'imagination composées par des Italiens romanesques. Il est inutile de la citer. Cependant voici les premières lignes, qui doivent, je le crois, mettre aussitôt le lecteur en défiance sur l'authenticité de ce document : « Se Thumor di mio padre corrispondesse al mio, siccome il mio non corrisponderà mai al suo, certo che i signori fiamenghi viverebbono in altro riposo di quel che vivono adesso sotto il domiuio d'un re che l'odia, e d'un luinislro che li tiranneggia. » etc.

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confiée au prince d'Eboli : celui-ci promit à l'infant de l'accompagner dans sa fuite, et don Carlos eut la simplicité de le croire. Philippe II connut par le ministre les projets de son fils, mais, le sachant entre les mains de Ruy Gomez, il jugea inutile de faire un éclat. Au jour marqué, l'infant et le prince d'Eboli se trouvaient dans la maison de campagne désignée, lorsque ce dernier apprit à don Carlos qu'il venait de recevoir une lettre du vice-roi de Naples, mais ne l'avait pas encore ouverte. Il était à propos, ajoutait-il, d'en prendre connaissance et de savoir où en étaient les affaires de Malte. Dans le cas, en effet, où la place aurait été secourue ou prise, le départ devrait être différé, puisque, faute de prétexte, les véritables projets du prince seraient dévoilés. Aussitôt il ouvrit la lettre, où le vice-roi annonçait que Malte était secourue. Don Carlos, sans soupçonner la supercherie, recommanda le silence à Ruy Gomez et retourna à Madrid * (1565).

Tel est le récit de Ferreras : s'il est exact d'un bout à l'autre, si réellement le siège de Malte fut le prétexte choisi par le prince, cette tentative eut lieu en 1565, puisque les Ottomans quittèrent la ville des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem en septembre de cette année. Montigny n'arriva en Espagne qu'en 1566, et, par conséquent, a été complètement étranger à ce premier projet de fuite. En a-t-il proposé un second ? Tout en croyant à ses relations avec le prince, je ne puis affirmer qu'il ait

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