Ferreras, IX
risqué des conseils aussi dangereux. Mais je ne doute pas que ces menées, révélées à mesure au roi par sa police secrète, n'aient été Tune des causes majeures de l'atroce détermination dont Montigny fut plus tard victime.
Quoi qu'il en soit, Philippe II sut habilement dissimuler : il conserva vis-à-vis de l'envoyé des Flandres la même attitude, et le pria même, avec une politesse qui dans cette circonstance était une poignante ironie, de vouloir bien prolonger le plus possible son séjour en Espagne *. Quant aux projets de don Carlos, il feignit de les ignorer; lui faire voir qu'il en avait eu connaissance, c'était risquer d'effarer le prince et le pousser à quelque résolution imprévue. Il se contenta de faire écrire par Hernan Suarez une longue lettre à don Carlos, où ce vieux serviteur, qui avait obtenu et méritait l'estime du prince, se bornait à lui recommander de plus en plus la soumission filiale, blâmait respectueusement, mais avec fermeté, les entrevues avec les Flamands que toute la cour avait apprises, et, sans parler des projets de fuite, qui peut-être lui étaient demeurés inconnus, l'exhortait à la patience, citait tour à tour les préceptes religieux et les exemples historiques les plus propres à le toucher, ne craignait pas même de proposer des faits de la mythologie à ses méditations, lui rappelait l'histoire de Dédale et d'Icare, et, invoquant la Bible et les commandements de Dieu, terminait sa lettre bizarre