‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 106 sur 199 · TENTATIVE DE L'INFANT CONTRE LE DUC D'ALBE · texte numérisé non relu

TENTATIVE DE L'INFANT CONTRE LE DUC D'ALBE

31 janvier 1566 *. Ce ne fut qu'en novembre, au moment où le duc allait quitter Madrid, que Ton connut tout ensemble sa nomination et son départ. Ce fut un coup de foudre pour don Carlos. Sa déception fut vive et sa colère terrible. Il ne put maîtriser ses sentiments, et son indignation, qui ne pouvait atteindre Philippe II, se tourna contre le duc d'Albe. Lorsque le général vint lui présenter ses devoirs, Tinfant, élevant la voix, lui reprocha, comme une présomption audacieuse, le voyage qu'il allait entreprendre, et lui défendit de partir. Le duc, surpris de ces paroles, leur opposa la résolution royale et les ordres qu'il avait reçus ; mais l'infant ne voulut rien entendre, prétendit que lui seul devait être chargé d'une mission dans les Pays-Bas, et s'irrita de plus en plus en face de la respectueuse fermeté du duc d'Albe. Celui-ci essaya vainement de l'apaiser ; il lui représenta que, s'il allait en Flandre, c'était pour y dompter l'insurrection, que le prince pourrait s'y rendre un jour quand les provinces seraient pacifiées. Don Carlos interrompit ce discours par des menaces, et, tirant enfin son poignard : « Je vous percerai le cœur, s'écria-t-il, avant de souffrir que vous partiez pour les Flandres ^. » Une lutte s'engagea alors, mais le duc parvint à se rendre maître de ce furieux ; puis il appela les gentilshommes de la chambre et alla rendre compte au roi de ce nouvel

1. Il en existe une copie à Simancas. (Est., Icg. 535.) Sî. « Antes os atravesaré el corazon que consentir en que hayais de ir à, Flandes. » Lafuente, loco cit.

acte de démence. Philippe parut singulièrement affligé ; la reine et la princesse Jeanne partagèrent sa douleur ; Tune et Tautre, on le sait, aimaient le malheureux prince. Beaucoup de gens à la cour pensaient que, t si ce n'estoit pour le parler du monde, le roi logeroit son fils dans une tou^^ » Mais le roi suspendit encore sa résolution et demeura, vis-à-vis de Tinfant, sombre, sévère, mais silencieux *.

Don Carlos avait désespéré vite du voyage royal, mais Philippe II n'entendait pas que la mission du duc d'Albe fût interprétée de la sorte. Le duc lui-même, entretenant l'ambassadeur de France peu de jours avant son départ, affirmait que le roi, décidé à réprimer l'insurrection, devait « aller luy-mesme en personne en Flandre, et y mener forces si raisonnables qu'il n'aura à craindre les rebelles ^ », et le voyage de Philippe II fut fixé au mois de février 1567. Don Carlos reprit alors quelque espérance : on était à la fin de 1566, et les cortès étaient assemblées. L'infant, ayant appris que les députés pensaient à demander au roi de le laisser en Espagne, se rendit dans la salle de leurs séances, et là, prenant la parole, leur déclara qu'une telle proposition serait considérée par lui comme une offense capitale et personnelle. Puis, avec cette promptitude d'idées familière aux imaginations déréglées, mêlant les questions de fa-

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