PREFACE XVII
1res attentivement lus et relus, tous les documents contemporains qui existent : ne pouvant donc rien ajouter à cet ensemble de pièces concordantes et péremptoires, et d'autre part ne voulant point y subordonner ses convictions personnelles, il s'est lancé, avec beaucoup d'esprit d'ailleurs, dans le vaste champ des hypothèses, des conjectures gratuites, des dissertations sans base et des raisonnements aventureux. Il a accueilli sans critique les accusations de Guillaume d'Orange qui avait bien ses raisons pour se faire, de bonne foi peut-être, l'écho des rumeurs propagées contre son redoutable adversaire : il refuse d'admettre aucun témoignage, et déclare, sans produire aucune espèce de preuves, que don Carlos a été empoisonné sur l'ordre du roi par son médecin le docteur Olivarès. D'autres avaient dit avant lui, dans des écrits dénués de toute valeur historique et entièrement romanesques, que don Carlos avait été étranglé ou étouffé dans sa prison : ce sont des inventions puériles et l'on ne saurait attacher, au point de vue de l'histoire, plus de créance à ces affirmations gratuites qu'au drame de Schiller ou à l'opéra de Verdi. Dans Tordre d'idées et avec la méthode singulière de M. Guell y Rente, tout le monde peut écrire une soi-disant histoire de don Carlos au gré de son
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caprice, prétendre ce que l'on veut, et arranger les événements comme des scènes de tragédie : qu'on se dise romancier ingénieux, j'y consens, mais historien, non pas.
Je ne connais, quant à moi, que deux partis à prendre en présence des faits historiques : ou suivre la vraie méthode qui consiste à s'entourer de tous les éléments de preuve, à les discuter les uns par les autres, à chercher la vérité d'après leur ensemble, à ne rien avancer qui ne soit appuyé sur des pièces sérieuses, à ne jamais inventer, à ne j amais produire d'hypothèses personnelles que rien ne justifie; — ou bien, si l'on n'a pas de documents que l'on accepte et qui offrent quelque garantie, si l'on se refuse à croire aucun des témoignages qui existent, alors ne rien écrire, garder pour soi une opinion qu'on ne peut pas établir, et ne pas offrir au public pour des événements réels les fantaisies de son imagination.
Il me parait inutile d'insister sur ce point et j'en reviens à la conviction que je me suis faite en étudiant une seconde fois la vie de don Carlos. Je persiste à penser que son emprisonnement a été parfaitement motivé puisque le prince, s'il eût été laissé libre, eût suscité les plus grands troubles dans l'Etat et qu'il avait déjà tout préparé pour s'échapper d'Espagne : il n'y a pas