‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 12 sur 199 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

un souverain qui eût hésité à s'assurer de sa personne en pareille circonstance et qui eût poussé la complaisance paternelle jusqu'à laisser un fils en démence devenir l'instrument de ses ennemis. Qu'on s'imagine don Carlos, dans l'état de surexcitation morale où il se trouvait au moment de son arrestation, en proie aux hallucinations d'un délire intermittent , empressé d'accueillir tout ce qui pouvait nuire à l'autorité paternelle ; qu'on se l'imagine lancé à travers l'Europe, encourageant par ses discours, par ses actes, par sa seule présence, tous les ennemis de Philippe II, soit en Italie, soit dans les Pays- Bas, et l'on s'expliquera sur-le-champ la rigoureuse détermination du roi d'Espagne. La légitimité de son emprisonnement paraît donc hors de cause: pas un souverain, pas un gouvernement sérieux n'auraient autrement agi.

Mais comment a-t-il été traité en prison? Comment est-il mort? Là est la véritable question. Elle se résume en deux mots : faut-il admettre les témoignages contemporains ou faut-il les rejeter? Tous sans exception déclarent que le prince est mort nçiturellement : pas un seul n'accuse Philippe II d'un crime. Les écrivains qui les repoussent prétendent, il est vrai, que leur unanimité prouve seulement avec quel art le roi a su détourner les

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