XX PREFACE
soupçons, donner le mot d'ordre à son entourage par intimidation ou corruption, et veiller à ce que tous les indices vinssent corroborer l'opinion qu'il avait tout intérêt à accréditer dans le monde et à imposer à l'histoire. C'est possible, sans doute, bien que, même dans une cour aussi bien réglée que l'était alors celle de Madrid^ il ne fût pas aisé de cacher absolument un forfait aussi énorme, et surtout de le dissimuler aux nombreux ambassadeurs, très bien instruits même des choses les plus secrètes et qui avaient bien des moyens de connaître la vérité. C'est possible, dis-je, mais alors il faut, en l'honneur de ce seul épisode, entrer dans la voie du scepticisme absolu contre tous les éléments de la méthode historique, car il n'est pas un événement passé qu'on ne puisse mettre en doute si l'on se permet de repousser tous les témoignages qui l'affirment. Il faut les peser sans doute et les comparer les uns aux autres, mais s'ils disent tous la même chose, si le plus grand nombre émane de personnes judicieuses, dignes de foi, bien informées, comment pourrions-nous les démentir, surtout quand nous n'avons rien à leur opposer? Sur quoi serait-il possible d'asseoir un jugement contraire? Je ne crois donc pas que, sur ce point-là, j'aie à insister. J'ai dû accueillir