‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 120 sur 199 · Ferreras, IX, 5u · texte numérisé non relu

Ferreras, IX, 5u

LETTRE CIRCILAIHE DE UINFANT AUX SEIGNEURS 231

Le prince d'Espagne comprit qu'il n'y avait guère à compter sur de telles assurances, et résolut de ne plus se fier à des sujets si fidèles. Il n'avait gagné à cette confidence mal placée que d'augmenter de plus en plus les inquiétudes de Philippe II. Le roi, sachant Ruy Gomez en disgrâce auprès de l'infant, pouvait craindre, à toute heure, une fuite audacieuse, non pas imprévue, puisqu'il en avait surpris les premiers préparatifs, mais inévitable peut-être, puis- (ju'il lui fallait attendre désormais du hasard un avertissement et des preuves. Du moins essaya-t-il, par d'officieux avis donnés selon ses ordres à l'infant par divers gentilshommes, de le détourner de sa résolution * ; mais c'était là une ressource bien insuffisante. Philippe ignorait quelles étaient les combinaisons de son fils, quels hommes l'infant faisait agir ; il sentait qu'un immense péril le menaçait, sans deviner d'où lui viendrait la lumière et comment il pourrait parvenir à le conjurer.

Cependant le prince d'Espagne qui, d'après la réponse des seigneurs, avait jugé cette première démarche vaine, dut songer aux moyens les plus prompts d'obtenir les fonds nécessaires à son voyage. Philippe avait l'éveil, don Carlos n'en pouvait douter; il était urgent de presser les choses si l'on voulait réussir. C'est alors que nous voyons reparaître un personnage qui naguère avait été fort maltraité par l'infant dans l'exercice de fonctions honnêtes, mais

1. « Penso molto e fece far orazioni... onde all'ultimo, vedendo che le dissuasioai sopradette non Thavevano mosso... » Dépêches manuscr. du nonce, 30 (ivril i568.

qui, par suite, d'une part, de la versatilité familière à l'esprit troublé du prince, d'autre part, de son ambition et de son adresse, avait reconquis la faveur de son maître, et s'était décidé à tout faire, à le servir même dans une entreprise insensée et coupable, pour arriver rapidement par ce moyen à une fortune brillante. Je veux parler de Garcie Alvarez Osorio *. On se souvient qu'élevé par Philippe II aux fonctions de maître de la garde-robe, il avait été pendant trois années (1561-1364) abreuvé d'ennuis et d'outrages, grâce à la malveillance du prince, et l'éclat avait été si grand que Philippe avait dû lui retirer sa charge et le réduire aux fonctions plus humbles d'ayuda de cdmara. Mais, depuis ce temps, l'homme que don Carlos lui avait préféré, Estevez de Lobon, était tombé en disgrâce, et Osorio avait peu à peu reconquis la confiance de l'infant. Ce fut lui qu'à rinsu du roi don Carlos choisit pour son confident, et il le chargea de se rendre à Séville pour y contracter un emprunt secret en son nom.

Un autre ayuda de cdmara , Juan Martinez de la Cuadra ^, avait été précédemment envoyé à Burgos et à Valladolid et n'avait que médiocrement réussi. Gaztelu, le secrétaire du prince, était informé de ces

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