PREFACE XXI
les témoignages contemporains, et déclarer, d'après eux, que don Carlos est mort naturellement à la suite des excès qui ont détruit sa constitution chétive et aussi des angoisses morales provoquées par la ruine de ses projets incohérents* Il reste en conséquence à apprécier seulement si Philippe II a pris toutes les précautions nécessaires pour éviter ou retarder un semblable dénoûment.
Ici une distinction est à faire. Si Ton se place au point de vue de notre temps, si Ton examine la captivité de don Carlos d'après nos principes d'humanilé, d'après les progrès de la science des aliénistes modernes, évidemment on jugera que Philippe II n'a point décidé les mesures opportunes, efficaces, susceptibles d'atténuer au moins Tétat mental de son fils et de le préserver des excès qui ont hâté sa fin. Il est certain qu'aujourd'hui le prince d'Espagne eût été traité avec plus de douceur, qu'on eût cherché à le distraire, qu'on eût veillé soigneusement sur son régime, qu'on lui eût permis de voir dans les instants lucides les personnes qui lui étaient chères, et que l'on eût ainsi prolongé sa vie, selon toute vraisemblance. Mais au xvi* siècle, ces ménagements étaient inconnus : les fous étaient même en général soumis à des rigueurs barbares : on