Esta carta esta escrita cuerda y pnidentemcnte. » Jbid
DIVERSES LEfTRES DU KOI 265
c'est simplement une nouvelle que le souverain apprend à un subordonné : « Ayant jugé convenable de renfermer la personne du sérénissime prince don Carlos, notre bien cher et bien aimé fils, et de changer complètement l'ordonnance de son service et de sa vie, cette résolution ayant pour objet un personnage de qualité si haute, il nous a paru à propos de vous la faire connaître. Sachez que notre décision a été motivée par les plus justes causes et que nous n'avons pu manquer d'agir ainsi. Considérez donc comme certain que rien n'était plus convenable pour le service de Dieu et le bien public, et vous recevrez de plus amples détails lorsque le moment sera venu*. » Cette lettre, datée du 22 janvier, était trop obscure pour permettre au vice-roi de rien affirmer ou démentir; aussi les imaginations italiennes se livrèrent-elles à d'innombrables commentaires, qui choquèrent autant Philippe II que la lettre de la confiante ville de Murcie l'avait charmé.
Les missives adressées aux grands, aux prélats, aux généraux des ordres religieux étaient conçues dans les mêmes termes, à l'exception d'un paragraphe spécial aux évêques où il leur demandait le secours de leurs prières, et d'un autre passage ordonnant aux religieux de s'abstenir dans leurs prédications de toute allusion à cet événement : « Vous pourvoirez à cela, ajoutait-il, par les moyens qui vous
1. Je ne donne pas le texte de cette dépôche, n'en ayant sous les yeux qu'une traduction italienne. (Ms. B. I., suppl. fr. n» 1, A. — Arm. grillée, n* 1961.)
paraîtront les meilleurs et le plus secrètement possible, mais de telle façoo que mon commandement soit observé *. »
La dépêche destinée au vice-roi de Navarre, duc d'Albuquorque, est plus intime que les précédentes : (( Le naturel et le caractère du prince l'ont amené à agir de telle sorte et cette conduite a duré si longtemps et est allée si loin que, après avoir vainement usé de tous les moyens et remèdes que l'amour paternel m'avait suggéré d'essayer, j'ai dû me déterminer enfin, subordonnant toutes considérations à mes devoirs envers le service de Dieu et mes royaumes et Etats, à recourir à cette mesure comme au vrai et seul moyen que j'eusse pour satisfaire à mes obligations. Vous comprendrez, par ce que je viens de dire, mes intentions et la juste finqueje me suis proposée, d Mais c'est seulement dans sa lettre au duc d'Albe que son style prend un caractère moins vague, et moins officiel ; malheureusement le duc était tellement au courant des affaires de don Carlos et des sentiments du roi que ce dernier n'insiste pas sur les faits et s'exprime avec une rapidité pénible pour la curiosité de l'histoire. Cette lettre, dont la rédaction n'appartient pas, je crois, auxsecrétaires du cabinet *, mais qui me parait avoir été composée par Philippe lui-même, est moins d'un roi à un sujet que d'un ami à son ami. C'est avant
i. Lettres du 22 janvier 1568. (Arch. Sim. Gedulas de la c&mara, leg. 321.
2. « AUi secretarij ordinô che avisassero le provincie. » Ragguaglio, etc. Ms. déjà, cité.
LKiraE DK PHILIPPE II AU DUC D'ALBE 267
tout au conseiller dévoué et parfaitement instruit des circonstances antérieures que Philippe II adresse ces paroles tristes et affectueuses; elles étaient entièrement confidentielles, et le roi eut soin d'envoyer au duc pour le public, pour les États des Flandres, et même pour la duchesse de Parme, une icirculaire en français qui contient la pure et simple nouvelle. Au duc d'Albe il montre Tamertume de son âme et fait connaître sa pensée :
« Duc, mon cousin, lui dit-il, vous savez trop bien quel est le naturel du prince mon fils et quelles sont ses façons d'agir pour qu'il soit nécessaire de me justifier longuement delà mesureque je viens de prendre et de vous expliquer les motifs de ma résotion suprême. Depuis votre départ, les choses ont pris un tel caractère, tant d'actes particuliers et de si haute importance sont survenus, le prince en est arrivé à démériter à ce point que je me suis enfin déterminé à m'assurer de lui et à le renfermer dans son appartement avec une garde spéciale. D'après mon ordre, il ne peut communiquer avec d'autres personnes qu'avec celles désignées par moi. L'éclat a été grand, la mesure que j'ai dû prendre est sévère ; mais d'après ce que vous avez vu et d'après ce que vous savez, vous pouvez juger si ma résolution est sage et bien fondée. Pour tout ce qui ne touche qu'à moi seul, pour toutes sortes de manques de respect et de désobéissances, j'aurais pu prendre patience ou du moins suivre quelque autre voie ; mais j'ai considéré mes devoirs envers Dieu, envers le bien public de la chrétienté et de mes États, et
j'ai aperçu dans toute leur évidence les notables inconvénients et périls qui pourraient s'ensuivre dans Tavenir aussi bien que ceux qui nous menaçaient dès aujourd'hui. J'ai donc préféré ces grands intérêts à ceux de mon sang, et j'ai dû prendre cette route qui m'a semblé droite et vraie, pour prévenir tant de dangers. Comme cette affaire est grave et fera grand bruit, il est juste que vous en fassiez part à mon conseil privé et conseil d'État de Flandre, aux tribunaux et villes des Pays-Bas et aux personnes auxquelles vous jugerez qu'une telle communication est due. J'ai donc ordonné qu'on vous écrivît une lettre en français, que vous pourrez montrer et dont vous userez à votre convenance, sans expliquer à personne le fond des choses, sans donner d'autres détails que ceux contenus dans cette dépêche. Vous agirez ici avec votre prudence accoutumée, et me ferez plaisir en m'avertissant des circonstances qui pourront s'offrir, afin que je puisse, d'après elle, régler plus sûrement ma conduite... Si Madame (la duchesse de Parme) n'est point partie encore *, vous pourrez lui donner la lettre que je vous envoie avec celle-ci, et lui expliquer cette affaire dans les termes de la dépèche française 2. »
Cette lettre jette, à mon sens, une vive lumière
1. La duchesse de Parn:e, blessée des pleins pouvoirs confiés au duc d'Albe, devait quitter prochainement Bruxelles. Son fils, Alexandre Farnôse, avait quitté Parme pour aller la retrouver et la ramener en Italie.
2. « Duque primo, teniendo vos tan cnteadidala condicion y naturaleza del pn'ncipe mi hijo y su modo de procéder, no sera necesario alargarnos mucho con vos para justifîcar lo que se ha hecho con él, ni para que entendais el fin que se lleva. Despues de nuestra