‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 148 sur 199 · DISCUSSION DE LA CONDUITE DU ROI · texte numérisé non relu

DISCUSSION DE LA CONDUITE DU ROI

der ses États contre un sujet rebelle qui prétend user d'un nom illustre pour Taccomplissement de projets insensés. Ce rebelle est son fils; il en souffre, il attend, il espère, et lorsque enfin il se décide à agir, ce n'est qu'à toute extrémité, ce n'est qu'après avoir su. par d'irrécusables témoignages, que les instants sont précieux et que plus tard il serait trop tard. Il y a certainement de nombreuses iniquités dans la vie politique de Philippe II, et il faudrait qu'un historien au dix-neuvième siècle fût frappé d'aveuglement pour oser faire son panégyrique : il convient de laisser cette tâche aux esprits violents qui semblent suscités pour détourner les âmes do l'Évangile, dont ils se disent les seuls fidèles adeptes. Mais de ce que Philippe II a commis beaucoup d'actes que l'histoire réprouve, il ne suit pas qu'il faille se montrer systématiquement injuste. Or, il est clair que dans sa conduite envers don Carlos, depuis la naissance du prince jusqu'au point où nous en sommes arrivés, Philippe ne fut ni mauvais père ni mauvais roi; il fut sévère, il est vrai, mais disposé à céder en toute circonstance juste; il n'en est venu à la rigueur qu'au moment où l'indulgence eût été funeste, non seulement à l'État, mais au prince luimême, et placé en définitive dans les conjonctures les plus douloureuses et les plus délicates, en présence d'un fils insensé et rebelle à la fois, il a agi tout ensemble en père, par sa longanimité prolongée,

animadvertisse, ut in posterum minus accideret et a virtutis semit& non discederet. » Bartholomei Sereni Oratio in funere Philippi lU caiholici régis. Ms. B. I.^ 6175.

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en roi, par sa résolution dernière. L'histoire légère des siècles passés a raconté et apprécié cette affaire avec une incroyable ignorance : il est temps que l'histoire analytique de nos jours lui accorde courageusement, appuyée sur des faits, sur des preuves, sur une critique sérieuse et sincère, une réparation méritée.

Je reprends la série des lettres officielles. La nouvelle était parvenue à Rome avec rapidité, et avant même que l'ambassadeur du roi, Juan de Zufiiga, eût reçu avec ses dépèches la missive destinée au pape. Dès le 26 février, Zufiiga vit un courrier de Gênes qui avait appris l'événement par la voie postale de Lyon * ; l'ambassadeur traita d'abord ce récit do fable ', mais le 28, le pape, ayant reçu une lettre du cardinal Santa Croce, nonce '«en France, fit demander des explications à l'ambassadeur d'Espagne. Catherine de Médicis elle-même avait informé le nonce de ce qui s'était passé, ajoutant que le roi avait emprisonné l'infant pour conspiration contre sa personne, et pour avoir lu des livres hérétiques. On sait la valeur de ces deux hypothèses ; la seconde, comme Zufiiga le fit observer au pape, était propagée activement par les huguenots, qui pensaient encourager leurs partisans et les Flamands révoltés en représentant don Carlos comme parti-

i. « Vinô à mi, à. los 26 de febrero, un 'oficial de J. de Tassis con una caria del correo mayor de Genova en que le decia que, por via de Léon deFrances, habia llegado allinueva, » etc. Dépêche de J. de Zufiiga au roi, 5 mars 1568. Àrch. Sim. Est., leg. 9Û6.

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