‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 149 sur 199 · LETTRE DE PHILIPPE 11 AU PAPE · texte numérisé non relu

LETTRE DE PHILIPPE 11 AU PAPE

san de leurs doctrines, et le roi comme trop péniblement tourmenté "par ses soucis de famille pour continuer la lutte commencée *. Ce fut là, du reste^ seulement ce que l'ambassadeur put dire à Sa Sainteté. Ses dépêches n'arrivèrent que le lendemain; il se rendit aussitôt auprès du pape, auquel il parla dans le sens indiqué par le roi à ses agents, et remit une lettre personnelle de son souverain ^.

Dans cette lettre, Philippe, sans se départir d'une certaine réserve, n'affecte pas le laconisme de ses dépêches aux villes d'Espagne et au vice-roi de Naples, il use même de plusieurs expressions qui s'étaient rencontrées sous sa plume dans sa missive au duc d'Albe. En voici le résumé : « Très saint Père, dit-il^ le devoir CQmmun des princes chrétiens et le mien en particulier, comme fils dévoué de Votre Sainteté et du Saint-Siège, est de vous faire connaître leurs

1. « A los 28, vinô Alex. Casai de parte del papa à decirme quQ S. S. habia recibido uua c^irta del cardenal Santa Gruz que es la en la corte de Francia, en que le escribia que le habia enviado à doeir la reyna cristianisima que V. M. habia mandado prender al principe miestro sefior, porque trataba contra su real persona, y porque le babian hallado libres de herejes en su cama, que el papa quodaba con mucha aflicion y cuidado, y deseaba saber si yo ténia alguna nueva desto. Yo le dije que no sabia lai y que la ténia por inveacion de algunos herejes de Francia, para animar los de aquel reyno y Ji los de Flândes, si han quodado algunos, poniendo nota en el principe en esta parte, y mostrando que V. M. ténia trabajosen su casa que no le dejarian proseguiren castigarloscomo habia comenzado.» Dépêche deZuûiga, déjà citée.

2. « Despues que llego el correo, fui luego à S. S., dile lacarta cJe V. M., y en gênerai le dî cuenta del descontento que V. M. ténia de la manera de procéder de S. A, y los medios que para su remedio sehabian usado, y que no aprovechando ninguno... habia V.M. tomado esta resolucion con el dolor que se puede entender coiiio padre y principe tan catôlico y justo. » Ibid,

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actions comme au père des fidèles. Il en doit être ainsi surtout dans Les occasions importantes et signalées, et c'est pourquoi il m'a paru convenable d'a- 'vertir Votre Sainteté de la résolution que j'ai prise et exécutée de renfermer la personne du prince mon fils. « Ce prince, depuis son enfance, et pour son service et pour ses compagnies accoutumées, et pour ses études, et pour la direction de sa vie, a été Tobjet de tout le soin et de tout le zèle que réclamait rhéritier de tant de royaumes; mais on a vainement usé de tous les remèdes propres à réprimer et réformer les excès qui venaient de son naturel et de son inclination particulière. Pendant tant d'années on a essayé de tout, rien n'a réussi. J'ai donc dû, ne voyant pas comment me dispenser d'agir de la sorte, prendre cette résolution. Votre Sainteté comprend aisément quelle est ma douleur, car il est mon fils premier-né, mon fils unique ; mais ma détermination est appuyée sur un tel fondement, elle est si juste et si nécessaire tant au service de Dieu qu'au bien public, qu'elle sera approuvée partout, et aussi par Votre Sainteté, que je désire et prétends satisfaire en toutes choses^. » Le pape reçutcette communication avec la plus sincère condoléance, aussi bien que les

1 « Muy santo padre, por la obligacion comun que los principes cristianos tienen, y la mia en particular por ser tan devoto y obediente liiio de V. S. y de su Santa Sede, darle razon como padre de todos de mis hechos y acciones, especialmente en las cosas notables

Y seûaladas, me ha parecido advertir à V. S. la resolucion que he tomado de recoger y encerrar la persona del serenîsimo principe don Gârlos, mi primogénito hijo. El dicho principe, desde su nifiez,

V en el servicio, compania y conscjo y en la direccion de su vida y costumbres, se ha tenido el cuidado y atencion que para crianza y

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explications verbales que rambassadeur était chargé de lui donner dans le même sens; il écrivit aussitôt au roi, et le nonce à Madrid fut chargé de remettre la lettre en exprimant à Philippe II les sentiments de Sa Sainteté et surtout la satisfaction du Saint- Père de ce qu'il n'y avait rien de vrai dans les bruits qui avaient couru à Paris *. Le roi sembla vivement touché en lisant cette dépèche : des larmes parurent dans ses yeux; il répondit en remerciant le pape « des consolations affectueuses et saintes qui lui donnaient tant de force pour supporter une telle épreuve^D.

En France, l'émotion fut extrêmement vive. Les huguenots accueillirent avec joie une nouvelle qui leur permettait, comme on l'a vu. des commentaires utiles à leurs desseins. Le public et la Cour affectèrent de croire que les entretiens de Monti-

instruccion del principe y hijo primogénito heredero de tantos reynos y Estados dévia tenerse y que habiéndose usado de todos los remédies que para reformar y reprimar algunos excesos que procedian de su naturaleza y particular inclinacion eran Iconvenientes, con el dolor y sentimiento que V. S. puede juzgar, siendo mi hijo primogénito y solo, me he determinado, no lo podiendo en ninguna manera excusar, hacer de su persona estamudanzay tomar talresolucion sobre talfundamento y tan graves y justas causas que asi acerca de V. S. à quien yo deseo y pretendo en todo satisfacer que seràtenida mi determinacion por tan justa y necesaria y tan enderezada al servicio de Dios y beneficio publico quanto ella verdaderamente los es, » elc. Lettre de Philippe II au pape. Ms. de la B. I., n» 2632 *. (Papeles varios.) — Arch. Sim Est., leg. 2018.

1. « El papa lo sintiô tiernamente y quedô algo consolado de que no hubiese ninguna de las que en Francia habian levantado. » Dépêche deZuniga, déjà citée.

2. « Nell'esprimere délie quali, comparirono alcune lagrime negl' occhi di S. M... ripose che ringraziava S. S. degli amorevoli e santi conforti che gli dava con li quali pigliava poca forza di sostenere il travaglio e dolorc che ne sente. » Dépêches manuscr. du nonce. 4 mai 1568.

gny avec Je prince n'étaient pas étrangers à cette affaire. Charles IX et Catherine de Médicis ne dissimulèrent pas cependant Tétonnement où la dépêche de Forquevaulxles avait plongés : « J'ai trouvé, écrit le roi à son ambassadeur, le faict que vous m'avez escript de l'emprisonnement du prince d'Espagne aussi estrange que chose que j'aie jamais entendue, ne pouvant croire qu'il ait pu tomber en entendement d'homme ce que vous m'avez mandé qui s'en dict, qui est cause que je désire estre esclaircy de la vérité, et que je vous fais ceste depesche pour vous prier m'en mander incontinent des nouvelles. » Catherine, le même jour, ajoute à la lettre de son fils : a Je vous asseure que je suis autant marrie que je sçay que le roy mon gendre en sera travaillé et que le faict est estrange *. » Le cabinet du Louvre eût espéré recevoir une lettre spéciale du Roi, ou du moins des détails circonstanciés et confidentiels de l'ambassadeur d'Espagne, don Francés d'Alava; mais ce personnage ne se présenta que le 9 février au Louvre, montra dans toute cette entrevue une réserve voisine de la défiance et répondit sur un ton léger aux questions du jeune roi. Bien qu'il prétende, dans sa dépêche du 16 février, que Charles IX et sa mère furent satisfaits de ces explications, il est évident qu'il n'en fût rien, d'après la lettre du Roi de France à son ambassadeur à Madrid : « Deux jours après que j'eus lu les dictes nouvelles de vous, don Francés d'Alava m'envoya demander audience,

i. Lettres manuscr. de Charles ÏX et delGatherine à Forquevaulx, 13 février 1568

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