LETTRE DE PHILIPPE II A LA REINE DE PORTUGAL
était urgente la nécessité où je me trouvais de chercher quelque remède à cette situation ; mon amour paternel, toutefois, et l'intime conviction où j'étais qu'avant d'en venir à une telle extrémité, je devais user de tous les autres moyens possibles, m'ont longtemps retenu. Mais les affaires * de l'infant en sont venues à ce point que pour accomplir mes devoirs de prince chrétien envers les royaumes et États que Dieu a confiés à mes soins, j'ai dû me résoudre à un grand changement et m'assurer de sa personne. Votre Majesté peut juger de ma douleur en songeant à ce qu'elle ressentirait en pareille circonstance, comme mère et comme souveraine. Mais enfin j'ai dû ici sacrifier à Dieu ma propre chair et mon propre sang ; j'ai dû préférer le bien de mes peuples à toutes les autres considérations humaines. Les causes anciennes aussi bien que les causes récentes qui m'ont contraint à cette résolution sont telles et de telle importance que je ne les pourrais rappeler ot que Votre Majesté ne saurait les entendre sans un renouvellement de notre commune douleur. Votre Majesté les connaîtra plus tard. J'ai seulement voulu l'avertir que cette détermination ne procède d'aucune faute ni insolence commises par mon fils ; ce n'est pas un châtiment — bien qu'il y ait pour cela cause suffisante, — et l'on ne peut prévoir à un
1. Le texte espagnol dit : « las cosas del principe ; » cosas ici no signifie pas uniquement les affaires, mais ce mot offre un sens intraduisible et beaucoup plus compliqué. Il veut dire en môme temps la vie, la conduite, les affaires, les projets du prince, tout ce qui concerne son état moral et physique.
tel état de choses aucune issue ni aucun terme. Je n'ai pas davantage songé à réformer ses désordres par cette voie : cette affaire a un autre principe et une autre racine, et le temps ou les moyens que je pourrais employer ne sauraient y porter remède. J'en apprendrai les suites à Votre Majesté, et il ne me reste plus qu'à la supplier de nous recommander à Dieu*. »
1 . « Aunque de muchos dias antes del discurso de vida y modo de procéder del principe mi hijo y de muchos grandes argumentos y testimonios que para esto concurren sobra que ha dias respondi à io que V. A. me escribiô, loque habrà visto y entendido la necesidad précisa que avia para poner en su persona reraedio, el amor depadreyla consideracion y justifîcacion que para venir â semejante término dévia procéder... usando detodos los otros remedios y caminos que para no llegar à este punto me han parecido necesarios. Las cosas del principe han pasado tan adelante y venido à tal estado, que para cumplir con la obligacion que tengo a Dios como principe cristiano y â los reynos y estados... yo he querido hacer en esta parte sacrifîcio à Dios de mi propria carne y sangre y preferir su servicio y el bien y beneficio pùblico â las otras consideraciones humanas. Las causas asi antiguas como las que de nuevo han sobrevenido que me han constrenido â tomar esta resolucion, son taies y de tal cualidad que no yo las podria decir, ni V. A. oyr sin renovar el dolor y lâstima de mas que à un tiempo lasentendiera. A. V. A. me ha parecido agora advertir que el fundamiento de esta mi deterrainacion no dépende de culpa ni inobediencia ni desacato, ni es enderezada â castigo que (aunque para esto havrâ suficiente materia), pudiera tener su tiempo y término. Ni tampocolo é tomado por medio, con que por este camino se reforraarân sus desôrdenes : tiene este negocio otro principio y raiz cuyo remedio no consiste en tiempo ni medios, que es de mayor importancia y consideracion, para satisfazer yoà lasdichas obligaciones que tengo û Dios. Y porque del progreso que este negocio tuviera, y de lo que en el hubiere de quedar â V. A. parte y razon, se le darà continuamente, * en esta no hay mas que decir de suplicar â V. A. como madré y senora de todos ya quien tanta parte cabe de todo, nos encomiende à Dios el cualguarda â V. A.comodeseo. De Madrid, 21 enero lf»68. » Lettre de Philippe II à la reine de Portugal, Ms. B. I., 4068 (S*-V.). — Cette lettre est également citée dans Cabrera, VII. 475; mais Cabrera dit par erreur qu'elle est adressée à l'Impératrice.