SECONDE LETTRE AU PAPE
utile, et que malgré Chantoney et Vanegas il avait persisté dans son dessein * ». L'archiduc partit en effet, mais il n'arriva à Madrid qu'après la mort de don Carlos.
Ce ne fut pas seulement à l'Empereur que Philippe II se crut obligé d'écrire une seconde lettre explicative. Le pape, lui aussi, quelles qu'eussent été les expressions bienveillantes par lesquelles il avait répondu à la première communication du roi et aux discours de l'ambassadeur Juan de Zufiiga, ne se montrait point satisfait; ce dernier avait écrit à Philippe II que Pie V désirait en savoir davantage et connaître enfin par une lettre du roi « la vérité 2 ». Philippe envoya alors à Sa Sainteté une nouvelle missive et l'annonça en ces termes à son ambassadeur : « J'ai cru devoir m'expliquer plus particulièrement sur l'affaire du prince afin que le Saint Père sache à fond ce qu'il en est, sans aucun doute, et n'écoute pas les autres choses qui se racontent... il est juste ot convenable que je lui en parle avec cette confiance et clarté ^. » Ici encore, il faut constater que Philippe II persiste à ne pas s'écarter sensiblement, dans ces prétendues confidences, de ce qu'il a écrit à l'Empereur et à l'Impératrice : on retrouve dans sa lettre les mêmes phrases que dans les documents déjà cités. « Le prince a tant et de tels défauts, venant de son intelligence et de son naturel, qu'il est -complètement dépourvu des aptitudes nécessaires au
i. Lettre de Maximilien. (Golleccion de Doc. inéd., xxvii, p. 36.) «. Lettre de Zuniga, 28 avril i568. (Arch. Sim. Est., leg. 906.) 3. Lettre du roi, 13 mai 4568. (Arch. Sim. Est., 906.)
gouvernement. Je prévoyais en outre de graves inconvénients et des dangers évidents s'il venait, après moi, à la succession au trône*. » Cette seconde lettre en réalité ne nous fournit aucun éclaircissement particulier. Le Pape n'en demanda pas davantage, et en réalité il eût été vraiment difficile de réclamer de Philippe II des détails plus circonstanciés et le récit de la multitude de faits qui démontraient l'état mental de son fils. Il conserve, il est vrai, dans toutes ces lettres, ce ton solennel et mystérieux qui est partout son style même, mais au fond, à moins d'entrer dans la série des anecdotes, il ne pouvait dire plus clairement à l'Empereur, au Pape, à tous les souverains aussi bien qu'à tous ses sujets, que la raison du prince était troublée, qu'il ne pouvait sans péril pour l'État le laisser libre, et Ton voit même avec quel soin persévérant il s'applique à dégager la responsabilité personnelle de l'infant. Il ne cesse de répéter qu'il n'y a eu dans la conduite de don Carlos, à proprement parler, aucune faute et qu'il n'est pas puni de tel ou tel fait : le Prince est enfermé parce qu'il serait dangereux de lui donner plus longtemps la faculté de nuire à lui-même et à l'État, et il suffît d'avoir observé, dans la vie ordinaire, combien les familles des aliénés montrent de réserve et même de mystère en parlant d'eux, même à leurs intimes amis, pour s'expliquer parfaitement le langage de Philippe IL
1. Cette lettre, dont Toriginal n'existe pas aux Archives deSimaucas, a été publiée d'après une traduction latine insérée aux Annales ecctésiastiqties de Ledochi, par M. Gachard.