‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 158 sur 199 · LE ROI REFUSE DE LAISSER VOIR SON FILS · texte numérisé non relu

LE ROI REFUSE DE LAISSER VOIR SON FILS

Il souffrait d'ailleurs profondément de tout le bruit soulevé par cette catastrophe domestique. J'ai dit qu'en Espagne beaucoup de gens blâmaient sa conduite comme trop sévère : on a vu par quels commentaires malveillants elle était accueillie en France; les protestants d'Allemagne prétendaient que don Carlos était luthérien. Les imaginations, surexcitées par le mystère même dont les faits semlaient enveloppés, accueillaient avec empressement les suppositions les plus étranges et les plus absurdes commentaires. Un historien qui se trouvait alors en Sicile fut frappé de l'émotion des esprits *, et, s'il faut en croire Catherine de Médicis, Philippe II et son fils absorbaient à cette époque la curiosité du monde : « Leur faict, écrit-elle à Forquevaulx, est aujourd'hui dans la bouche de toute la chrétienté *. » Non seulement tous ces discours, mais les marques d'intérêt môme étaient pénibles au roi d'Espagne : il eût voulu ensevelir cet événement dans le plus profond secret, comme tous les actes de sa politique ténébreuse. La reine de Portugal, qui avait ressenti en mère le malheur de son petit-fils, lui envoya un gentilhomme à la fin de février : elle demanda qu'il lui fût permis de venir consoler don Carlos dans sa prison 3. Philippe gratifia le gentil-

1. « De la causa de su prision y del enojo do su padre se dixeron nmchas cosas... y mas en Sicilia, donde à la sazon estavamos. » Mariana, II, 752.

S. Dépèches manuscr. de Forquevaulx. Lettre de la reine, 2o mars

3. « Il re e regina vecchia di questo régna (Portugal) hanno mandato quà. un ambasciatore a far officie col re Catolico per il principe

fM DON CARLOS ET PHILIPPE II

homme d'une chaîne de mille écus, mais fit partir pour Lisbonne un personnage de distinction porteur d'un refus qu'il était aisé de prévoir *. Quelques jours auparavant, il avait fait savoir aux provinces d'Aragon, de Valence et de Catalogne, qui se disposaient à envoyer des députés à sa cour, que cette démarche serait contraire à son désir *. Sa sœur, la princesse Jeanne, la reine d'Espagne elle-même, ne purent davantage obtenir de pénétrer auprès de don Carlos ^. Philippe était trop jaloux de son autorité pour laisser personne s'immiscer dans les actes de son gouvernement. : une telle concession eût été contraire aux traditions de sa politique; il était d'ailleurs trop profondément humilié de la situation mentale où se trouvait son fils pour souffrir patiemment qu'il devînt l'objet d'une curiosité même affectueuse : il comprenait qu'il lui serait plus difficile de persévérer dans une résolution qu'il jugeait néces-

(lolersi del caso, et offerirsi di venir la delta regina propria à governarlo corne madré e s'intende che ha ancora dimandatodi vedere el parlare al principe... ma non si crede que l'otlenna. » — o ... L'ambasciatore di Portogal se n'é poi ritornato senza poter vedere il principe, ma del resto sodisfatto. » Dépèches manuscr. du nonce, 2 et 8 mars 1568.

1. « L'ambassadeur portugais Francisco Dessa est venu à la fin de février. Il a faict instance pourvoir le prince, ce qui luyaesté refusé ... est retourné le 5» de ce mois, mais avec une chaisne de 1,000 escus...Le roy fera partir le conte de Buendia ou aultre personnage de qualité pour aller en Portugal. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 9 mars 1568.

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